Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/447

Cette page n’a pas encore été corrigée


Et, se riant des grilles neuves,
Il s’en vient aux parcs désertés.

Il écarte l’ombre importune
Avec un geste familier ;
Puis il descend une par une
Les marches du blanc escalier.

Il s’en va retroussant sa robe
Le long de l’humide sentier,
Et, de-ci, de-là, se dérobe
Entre le houx et l’églantier.

Je le vois errer d’arbre en arbre
Comme un doux poète étonné,
Et prêter des blancheurs de marbre
Au banc de pierre abandonné.

C’est ici que, las de sa course,
Rêveur il s’assied longuement,
Jetant aux flots clairs de la source
De la poudre de diamant.

Il endort les roses fleuries,
Il verse la rosée aux lis,
Il étend des blés aux prairies
Son manteau d’argent aux longs plis.

Ainsi promeneur pâle et triste,
Hôte des tombeaux délaissés,
Ami du chat et de l’artiste,
Protecteur des nids menacés,

Là-bas échevelant le saule
Qui pleure les morts oubliés
Et chargeant sur sa blanche épaule
Les linceuls qu’il a déliés,

Jusqu’à l’heure où, soudain rougies,
Les ténèbres font place au jour,
Il erre, — ô faiseur d’élégies,
O grand enchanteur de l’amour !

(Les Sioïquet.)