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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/417

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LES BERCEAUX

Berceaux, frêles berceaux, vous êtes des nacelles
Qui, sous un souffle calme et pur,
Venez en frémissant vers nous, ô barques frêles,
Du fond de l’éternel azur.

Vos légers rideaux blancs s’enflent comme des voiles,
Berceaux, et, sous les vents amis,
Vous nous portez, du bord des heureuses étoiles,
Vos passagers tout endormis.

Ils dorment, ces mignons, les poings fermés, la tête
Sur le duvet mol et profond,
Ignorant les périls, l’écueil ou la tempête,
Et le grand voyage qu’ils font.

Le rivage inconnu qui vefs nous vous envoie,
Vous et vos petits passagers,
Est un monde idéal où tout est rythme et joie,
Où tout plane, ô berceaux légers !

Et quand vous arrivez des rives du mystère,
Fins esquifs construits pour le vol,
Nous, nous vous empêchons de vous fixer sur terre,
Et même de toucher au sol ;

Et longtemps, confiés aux douces mains des femmes
Qui vous balancent nuit et jour,
Vous êtes entourés, comme au pays des âmes,
D’allégresse et de chants d’amour.

Et jusqu’à ce qu’enfin l’ange qui n’a plus d’ailes
Pose à terre son pied mal sûr,
Nous vous faisons un port qui vous berce, ô nacelles
Qui venez du fond de l’azur.

(La Chanson de l’enfant.)

DETACHEMENT

« C’est le sang de mon sang, c’est la chair de ma chair ;
Je l’attends et je l’aime.
A.h ! je sens qu’il tressaille et qu’il m’est déjà cher !
C’est un autre moi-même. »