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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/394

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Qui, vers l’azur tendus, y poursuivent sans trêve
Des nuages valants les mortelles fraîcheurs.

Près des sources où dort l’Ame errante des fleuves
Qu’ont bus les sables d’or et les soleils jaloux,
Pleure, au front incliné des saules à genoux,
L’immortelle douleur des mères et des veuves.

— C’est qu’ils portent en eux, les arbres fraternels,
Tous les débris épars de l’humanité morte
Qui flotte dans leur sève et, de la terre, apporte
A leur vivants rameaux ses aspects éternels.

Et, tandis qu’affranchis par les métamorphoses,
Les corps brisent enfin leur moule passager,
L’Esprit demeure et semble à jamais se figer
Dans l’immobilité symbolique des choses.

(Poésies.)

PROMÉTHÉE

Roulant son torse épais sur les rocs amortis,
D’un long gémissement il troubla la nature :
— Sinistre compagnon dont je suis la pâture,
Vole et porte mon cœur saignant à tes petits.

Tu n’as pas fait encor le tour de ma blessure :
J’ai de larges festins pour tes grands appétits !
Ce n’est pas toi qui fais ma suprême torture,
Vautour, tombeau vivant qui, vivant, m’engloutis.

Lugubre oiseau de proie, ami des funérailles,
Sans pitié ni remords laboure mes entrailles :
Tes serres ni ton bec n’égaleront jamais

Le tourment qui me vient de l’azur implacable…
Ironique splendeur, voûte d’or qui m’accable,
Sérénité des cieux profonds et que je hais !

(Poésies.)