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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/391

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LA LYRE

La Lyre est l’amie éternelle !
L’Art montre l’éternel chemin I
Tout bonheur durable est en Elle,
En Lui git tout l’honneur humain !
Aux saintes cordes de la Lyre
Vibre, après l’amoureux délire,
Le réveil de notre fierté.
A notre cœur même arrachées,
Elles chantent, sitôt touchées,
Un hymne d’immortalité !

LA VÉNUS DE MILO

Ce ne fut ni la chair vivante, ni l’argile,
Qui servit de modèle à ce corps radieux :
La femme a moins d’orgueil, — la terre est trop fragile,
Et ce marbre immortel vient du pays des Dieux.

Jamais l’âme cruelle aux amantes cachée
N’eut ce sein ni ce front augustes pour prison,
Et la double colline à ce torse attachée
N’abrite pas un cœur fait pour la trahison.

Comme un rocher marin, cette gorge tendue
Vers l’invisible amour des cieux immaculés
Brise de nos désirs la caresse éperdue,
Et la refoule au fond de nos esprits troublés.

Image de granit sur nos fanges dressée,
Phare debout au seuil des océans amers,
Statue où le reflet de l’antique pensée
Luit encor sur les temps comme un feu sur les mers !

Toi qui demeures seule à la porte du temple
Dont l’idéal lointain habite les sommets
Et que notre regard avec effroi contemple,
— Celui qui mutila la pierre où tu dormais