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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/338

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Ils se sont tournés quelque part,
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.

MON CIEL

J’aime d’un ciel de mai la fraîcheur et la grâce ;
Mais, quand sur l’infini mon cœur a médité,
Je ne peux pas longtemps affronter de l’espace
La grandeur, le silence et l’immobilité.

Pascal sombre et pieux me rend pusillanime,
Il me donne la peur, et me laisse effaré,
Quand il porte au zénith et lâche dans l’abîme
L’homme superbe et vain, misérable et sacré.

Comme le nouveau-né, dont le regard novice
Dans l’ombre du néant paraît encor nager,
Par un avide instinct s’attache à sa nourrice
Et fuit dans sa poitrine un visage étranger ;

Comme le moribond sur ce qui l’environne
Porte des yeux troublés par la funèbre nuit,
Et, dans l’éternité suspendu, se cramponne
A l’heure, à la minute, à l’instant qui s’enfuit ;

Ainsi, devant le ciel où j’épelle un mystère,
Jouet de l’ignorance et du pressentiment,
J’appuie, épouvanté, mes mains contre la terre ;
Ma bouche avec amour la presse aveuglément.

Tremblant, je me resserre en mon étroite place,
Je ne veux respirer qu’en mon humble milieu ;