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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/326

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C’est en luttant, souffrant, en mourant comme ils meurent,
Qu’ils t’ont permis de vivre et permis de rêver !

Regarde-les parfois entr’ouvrant leurs yeux mornes
Sur cette vie étrange et terrible pour eux.
Que ta religion soit la pitié sans bornes !
Allège le fardeau de tous ces malbeureuxl

De ton âme l’ennui mortel faisait sa proie,
Etant le châtiment de l’incessant désir ;
Du fier renoncement de ton âme à la joie
Goûte la joie austère et le sombre plaisir.

Sache que les héros, les saints, tu les imites
En détruisant en toi l’égoïsme d’abord ;
Meurs à toi-même, afin de vivre sans limites :
Toute âme pour grandir doit traverser la mort.

Connais du vrai héros la volupté profonde ;
Libre des sentiments égoïstes et bas,
Sentant battre ton cœur avec le cœur du monde,
Habite un lieu divin où la mort n’atteint pas.

Quand à l’âme de tous ton âme est réunie,
Si bien que leur douleur est ta propre douleur,
Alors tu fais ta vie immortelle, infinie.
Et fais large ta joie en y mêlant la leur.

Oui, ta vie est sublime, est harmonique et pleine,
De cette heure où ton être étroitement confond
Sa destinée avec la destinée humaine,
Et rentre, goutte d’eau, dans l’Océan profond.

(L’Illusion.)