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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/325

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Les passants étaient durs : il était sale et laid.
Et je songeais, voyant sa misère profonde,
A ce vautour du mal toujours aux flancs du monde,
A ce fond ignoré de muettes douleurs
Qu’auprès de nous jamais ne trahissent des pleurs,
Puis au hasard créant la naissance des êtres,
A ces enfants punis du péché des ancêtres,
Aux horreurs de la vie, à ses iniquités,
A tant de châtiments qui sont immérités ;
Et près de cet enfant dont les yeux étaient vides,
Je ne voulus plus voir l’éclat des flots splendides,
Ni sur la terre en fleur l’éclat du grand ciel bleu,
Tremblant qu’il n’y manquât la justice de Dieu.

VERS DORÉS

Des vers retentissants valent-ils le silence
D’une âme qui remplit son devoir simplement
Et, pour autrui toujours pleine de vigilance,
Trouve sa récompense et sa joie en aimant ?

La splendeur de la forme est une corruptrice ;
Les ivresses du beau rarement nous font purs :
Recherche pour ton âme une autre inspiratrice
Que la Vénus aux yeux changeants, tendres ou durs.

Accomplis ton devoir, car la beauté suprême,
Tu le sais maintenant, n’est pas celle des corps :
La statue idéale, elle dort en toi-même ;
L’œuvre d’art la plus haute est la vertu des forts.

Le saint est le très noble et le sublime artiste,
Alors que de sa fange il tire un être pur,
Et tire un être aimant d’une bête égoïste,
Comme un sculpteur un dieu d’un lourd métal obscur.

L’humble héros qui lutte et qui se sacrifie,
S’offrant à la douleur, à la mort sans trembler,
Seul t’apprendra les fins augustes de la vie ;
Et c’est à celui-là qu’il te faut ressembler.

Des tristes, des souffrants, de tant d’âmes qui pleurent,
Approche avec amour, et les viens relever :