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pourpoint en satin rouge-cerise, le pantalon vert-d’eau à liseré de velours noir et le pardessus gris-noisette doublé de satin vert dont s’était pavoisé pour la circonstance le futur auteur d’Albertus. « Le costume, reconnaît-il lui-même, n’était pas mal combiné pour irriter et scandaliser les philistins. »

Quelques mois plus tard, le 23 juillet 1830 (« le moment était bien choisi, » remarque Sainte-Beuve), paraissaient Les Poésies de Théophile Gautier, œuvre tempérée et douce dans son ensemble et où deux ou trois pièces seulement, telles que Le Cauchemar et La Tête de mort, présageaient le besoin de sensations plus fortes. Ces sensations, le poète allait s’y livrer dans la seconde édition de ses poèmes (1833), qui portait pour titre Albertus ou l’Ame et le Péché, légende théologique. Légende macabre surtout, mêlée de galanterie et de diablerie et d’une exécution un peu outrée. Il n’en fallait pas moins pour satisfaire la petit cénacle auquel appartenait Gautier et dont Pétrus Borel, le Lyeanthrope, devait bientôt lui passer la présidence. Ce clan de « Jeune France », de « brigands de la pensée », comme les adhérents s’appelaient entre eux, comprenait, outre Pétrus et Théophile, le bon Gérard de Nerval, Philothée O’Neddy, Jehan de Seigneur, Célestin Nanteuil, Bouchardy, Augustus Maquet ou Mak-keat, et quelques autres « chevelures » de moindre importance. Gautier collaborait dès cette époque au Cabinet de Lecture, à l’Ariel, qu’il dirigeait « conjointement avec l’honnête Lassailly », à la France Littéraire, où il fit paraître ses Grotesques, qui firent quelque tapage. On y vit moins une réhabilitation de certains écrivains parfaitement oubliés de notre XVII° siècle qu’une attaque indirecte contre les classiques de tous les temps.

En 1833, paraissaient Les Jeune France, où il semblait se retourner brusquement contre ses alliés de la première heure. Critique innocente dans le fond, mais vraiment charmante et d’un comique très délicat. Gautier expliqua qu’il n’y avait point visé les romantiques de vocation, dont il était et qu’il admirait toujours, mais les faux romantiques, les « romantiques de mode». On le vit bien quand parut, en 1835, Mademoiselle de Maupin. Cette fois, on cria au scandale ; la préface ajoutait encore au livre en ce qu’elle affirmait le droit de l’artiste à traiter des pires déviations passionnelles, pourvu que l’art y trouvât son compte, à défaut de la morale bourgeoise, dont l’auteur déclarait se peu soucier… Le journalisme le prit aussitôt, et pour ne le plus lâcher. « Balzac le premier, ayant lu Mademoiselle de Maupin, lui dépêcha un jour Jules Sandeau, à la rue du Doyenné où il était encore, pour l’engager à travailler à la Chronique de Paris, et Gautier y contribua en effet par quelques nouvelles et des articles de critique. Il collabora aussi au journal du soir La Charte de 1830, fondé par Nestor Roqueplan vers 1836. Il entra