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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/319

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Je pense qu’autrefois mon sein comme aujourd’hui
Portait le ciel entier et restait toujours vide. »

(L’Illusion : la Gloire du Neant.)

DANS UNE FORÊT, LA NUIT

Silencieuse horreur des forêts sous la nuit !
Chênes, fantômes noirs qui Vous dressez dans l’ombre,
Bleus abimes du ciel, gouffre tranquille où luit
Le fourmillement clair des étoiles sans nombre,

J’erre terrifié, les yeux fixés sur Vous,
Voulant toujours percer le mystère où nous sommes,
Mais où Vous demeurez, interrogés par nous,
Sans réponse jamais aux questions des hommes !

Univers éternel, arbre à jamais vivant,
Ygdrasill, frêne énorme aux vibrantes ramures,
Quel esprit est en toi, quel souffle fort, quel vent
Vient t’agiter sans fin et t’emplir de murmures ?

Étoiles, floraison de cet arbre géant,
Qui ressemblez aux yeux terrestres de la femme,
Fleurs brûlantes du ciel, je songe à ce néant
Où Vous Vous éteindrez aussi, comme mon âme !

J’ai peur, mortel chétif, en cette immensité :
La ténébreuse horreur de ces bois me pénètre ;
J’ai peur, quand au travers de leur obscurité
J’aperçois l’infini qui menace mon être.

Pourquoi suis-je donc seul saisi d’un tel émoi,
Seul atome pensant parmi tous les atomes,
Devant ces arbres noirs qui font autour de moi
Ce grand cercle muet d’immobiles fantômes ?
Dans ce monde avec vous comment suis-je venu ?
O visions, avant que la mort ne nous fasse
Tous rouler pêle-mêle au fond de l’inconnu,
Regardons-nous, une heure encore, face à face !

(L’Illusion : Heures sombres.)