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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/302

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Car la femme au combat n’est plus que la femelle ;
Elle anime le mille et charge les fusils,
Et le sang qu’elle verse en allaitant ses fils
Donne un goût de vengeance au lait de sa mamelle !

« Donc, en forêt !» — A peine il achevait ces mots,
Voilà que le tocsin pleure sur les hameaux,
Et que, sous le portail ébranlé du vieux temple,
Le curé, soulevant une croix, apparaît,
Et se met à marcher, grave, vers la forêt !…
C’était plus qu’un sermon, cela, c’était l’exemple !

Il montait à pas lents, toussant dans le brouillard.
Tous le suivent ! Tous vont où s’en va le vieillard !…
Le bourg abandonna sa misère au pillage,
Et, quand tout disparut au tournant du coteau,
La forêt referma les plis de son manteau,
Et puis la solitude entra dans le village !

Moi, je les regardais, hébété, comme fou !…
Le tocsin gémissait sans relâche. — Un hibou,
Qui flottait éperdu dans la brume sonore,
Me parut ressembler à mon âme… ll tournait !
— « Mon Dieu ! la guerre sainte ! Est-ce là qu’on en est ? »
Le sonneur, harassé, s’en alla vers l’aurore,

Et la cloche cessa de tinter à jamais !
Quand je fus seul avec la femme que j’aimais,
Je lui fis parcourir l’école jusqu’au faite.
A tous nos coins chéris, je lui disais : « Tu vois !
Tu vois !… Regarde bien !… C’est la dernière fois !… »
Et j’y portais la flamme en détournant la tête.

Deux jours après, j’étais à Bade. Ses parents
Pleuraient, car ils sont vieux ! — « Tenez, je vous la rends,
Leur dis-je ; son amour l’avait dépaysée !
Voici les cent ^cus de sa dot ; comptez-les.
Je ne puis rien tenir de vous, étant Français !
Et toi, pardonne-moi de t’avoir épousée !

« Je n’avais pas le droit de t’aimer ! Je devais
Haïr les grands yeux bleus, car l’amour est mauvais ;
Il a fait dévoyer toute la race humaine !
Lorsque nous échangeons notre âme en nos baisers,