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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/295

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GUITARE

Si vous respiriez l’air pur des Espagnes,
Cet air embaumé qui rend amoureux,
Si Vous habitiez ces chaudes campagnes
Où l’on voit errer des couples heureux,
Où chaque Andalouse a des sérénades
Qu’avant de dormir il faut écouter,
Où les amoureux rossent les alcades
Qui ne voudraient pas les laisser chanter,
Sous votre fenêtre ouverte, à nuit close,
J’irais soupirer les vœux de mon cœur ;
— Toujours dédaigneuse, à ta lèvre rose
Se dessinerait un rire moqueur ;
Mais tu m’entendrais, malgré toi, te dire
Que, pour un regard, j’irais Dieu sait où,
Que je me tuerais pour un seul sourire !
Que par un baiser… tu me rendrais fou !

(Hector UEstraz : les Vagabondes.)

NOCTURNE

EN PROVENCE

Minuit sonne aux clochers, de la ville. Tout dort.
Sommeil calme et profond. La nuit est chaude encor
Du soleil empourpré de juillet ; mais la brise
Touche nos fronts avec une caresse exquise,
Et n’a gardé des feux étincelants du jour
Que la molle tiédeur dont s’enivre l’amour.
Midi n’allume plus sa brutale fournaise,
Et dans le Ciel, où tout embrasement s’apaise,
La lune monte pâle et lente, balançant
Son disque d’or massif au rayon caressant ;
Dans la limpidité du ciel bleu, plein d’étoiles,
L’œil s’égare et pénètre aux profondeurs sans voiles,
Plus loin, plus loin encor, dans l’abîme infini.
— Par la fraîcheur du soir le monde est rajeuni ;