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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/290

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LE POÈTE NE SE PLAINT PAS DE LA MORT PROCHAINE

A CAUSE DU SOUVENIR DE SA PREMIÈRE CHANSON D’AMOUR

J’ai chanté comme Chérubin
Pour les beaux yeux de ma marraine !
Plus heureux qu’un page de reine
En mon émoi de coquebin,
N’espérant, ingénu bambin,
Que d’être frôlé de sa traine,
J’ai chanté comme Chérubin
Pour les beaux yeux de ma marraine.
Plus noir que diacre ou rabbin,
Qu’importe qu’en le pâle frêne
Près de ma couche souterraine
Croasse bientôt le corbin…
J’ai chanté comme Chérubin !

(La Grive des Vignes.)

LE POÈTE DOUTE SI LES JEUNES HOMMES ONT RAISON DE CHANGER D’AMOUR

Au brin d’herbe qu’elle a quitté
Songe la cigale infidèle ;
Meilleur exemple, l’hirondelle
N’a qu’un nid pour plus d’un été.

Vaudras-tu la réalité,
Bonheur rêvé qui fais fi d’elle ?
Au brin d’herbe qu’elle a quitté
Songe la cigale infidèle.
Pour fragile, hélas I qu’ait été
L’amour qui fut notre tutelle,
Qui sait si notre âme, cette aile,
N’était pas plus en sûreté
Au brin d’herbe qu’elle a quitté ?

(La Grive des Vignes ; 1895.)