Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/288

Cette page n’a pas encore été corrigée



Pâles, vagues, s’en vont, si loin, vaporisées
Dans le brouillard léger des collines boisées !

(Les Braises du cendrier.)

PIERROT FÂCHÉ A CAUSE DE LA LUNE

Bien qu’il ait l’âme sans rancune,
Pierrot dit en serrant le poing :
« Mais, sacrebleu, je n’ai nul point
De ressemblance avec la lunel

« O faux sosie aérien !
Mon nez s’effile, elle est camuse ;
Elle a l’air triste ! je m’amuse
De tout, un peu, beaucoup, de rien.

« On la dit pâle ! Allons donc ! jaune !
Moi seul suis blanc comme les miss.
Elle est chaste autant qu’Artémis,
Je le suis aussi, comme un faune.

(i N’importe ! Dès qu’elle a penché
Son front : « Bonsoir, Pierrot céleste ! »
Dit l’un ; un autre dit : « Ah ! peste !
« Pierrot, ce soir, a l’œil poché. »

« Et si, ronde, elle plane au faite
D’un cyprès par le vent tordu :
« Regardez donc Pierrot pendu !
(( Mais on ne lui voit que la tête. »

« Je me révolte enfin ! je suis
Moi ! non pas la lune. Moi, dis-je,
Et c’est assez. Par quel prodige
Serais-je astre, même en un puits ?

« Et pour fuir ceux — Dieu les confonde ! —
Qui m’ont, Lune, à toi comparé,
Dès patron-minette, j’irai
Vers la solitude profonde ! »

Il dit. L’aube n’avait pas lui
Qu’il s’exila d’un pas agile