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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/286

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Un homme qui venait de pays très lointains
Me dit : « Dans ma patrie il est un temple encore.

« Antique survivant des siècles révolus,
Il s’écroule parmi le roc, le lierre et l’herbe,
Et garde, encor sacré dans sa chute superbe,,
Le souvenir d’un Dieu de qui le nom n’est plus. »

Alors j’abandonnai les villes sans église
Et les cœurs sans élan d’espérance ou d’amour
En qui le Doute même était mort sans retour
Et que tranquillisait la Certitude acquise.

Les jours après les jours s’écoulèrent. J’allais.
Près de fleuves taris dormaient des cités mortes ;
Le vent seul visitait, engouffré sous les portes,
La Solitude assise au fond des vieux palais.

Ma jeunesse, au départ, marchait d’un pied robuste ;
Mais j’achevai la route avec des pas tremblants.
Ma tempe desséchée avait des cheveux blancs
Quand j’atteignis le seuil de la ruine auguste !

Déchiré, haletant, accablé, radieux,
Je dressai vers l’autel mon front que l’âge écrase,
Et mon âme exhalée en un grand cri d’extase
Monta, dernier encens, vers le dernier des dieux !

(Soirs moroses ; 1876.)

LES SŒURS MATINALES

Au fin brouillard levant des collines boisées
Les Grâces du matin, les sœurs, se sont posées.

Elles ont leur habit de charme, velouté
De brume, et de rosée, au bas, diamanté.

On ne voit pas leurs fronts voilés, que l’aube arrose
D’un fluide reflet de diadème rose ;

On ne voit pas leurs yeux voilés, on y pressent
Quelque chose de pur qui nous aime, et descend ;

Et des roses de neige à des rayons mêlées
Ruissellent de leurs mains qu’on ne voitpns, voilées !