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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/283

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Des rictus de baiser, peut-être de morsure.
Elle, chaste, tirait ses cheveux sur son sein.

Cependant le lion, instinctif assassin,
Entre-bâillait déjà sa gueule carnassière.

« Lion ! » dit la chrétienne…
Alors, dans la poussière,
On le vit se coucher, doux et silencieux ;
Et, comme elle était nue, il ferma les deux yeux.

(Contes épiques ; 1870-1876.)

OUBLI

Allez, vieilles amours, chimères,
Caresses qui m’avez meurtri,
Tourments heureux, douceurs amères,
Abandonnez ce cœur flétri !

Sous l’azur sombre, à tire-d’ailes,
Dans l’espoir d’un gîte meilleur,
Fuyez, plaintives hirondelles,
Le nid désormais sans chaleur I

Tout s’éteint, grâce aux jours moroses,
Dans un tiède et terne unisson.
Où sont les épines des roses ?
Où sont les roses du buisson ?

Après l’angoisse et la folie,
Comme la nuit après le soir,
L’oubli m’est venu. Car j’oublie !
Et c’est mon dernier désespoir.

Et mon âme aux vagues pensées
N’a pas même su retenir
De toutes ses douleurs passées
La douleur de s’en souvenir.

(Soirs moroses.)

</poem>