Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/282

Cette page n’a pas encore été corrigée


Pourtant elle marcha tout le jour, et, le soir,
Elle marchait encor, sans entendre ni voir,
Quand tout à coup, de l’ombre, avec un cri farouche,
Quelqu’un bondit, lui mit une main sur la bouche,
D’un geste forcené lui vola son manteau
Et s’enfuit, lui laissant dans la gorge un couteau !

A ce coup, le sursaut d’une transe mortelle
La réveilla.

L’époux se tenait devant elle.
« Aux marchands de Ségor, lui dit-il, j’ai vendu
Cent brebis, et le tiers du prix m’est encor dû.
Mais la distance est grande et ma vieillesse est lasse.
Qui pourrais-je envoyer à Ségor en ma place ?
Rare est un messager fidèle et diligent.
Va, et réclame-leur trente sicles d’argent. »

La femme dit : « Le maître a parlé, je suis prête. »
Elle appela ses fils, mit ses mains sur la tête
Du fier ainé, baisa le front du plus petit,
Et, prenant son manteau de laine, elle partit.

(Contes épiques.)

LE LION

Comme elle était chrétienne et n’avait pas voulu,
Pour de vains dieux d’argile ou de bois vermoulu,
Allumer de l’encens ni célébrer des fêtes,
Le préteur ordonna de la livrer aux bêtes ;
Et comme elle était jeune et vierge, et rougissait
Quand l’œil d’un juge impur sur elle se fixait,
Une clause formelle en l’édit contenue
Précisa qu’au supplice on la livrerait nue.
Nue, et le sein voilé de ses chastes cheveux,
Elle entra dans le cirque.
En quatre bonds nerveux
Un lion, famélique et rugissant de joie,
Jaillit de la carcère et vint flairer la proie.
Le peuple regardait, étrangement jaloux,
Palpiter ce corps blanc près de ce mufle roux,
Et montrait, allumé d’une affreuse luxure,