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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/280

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PAYSAGE DE NEIGE

FRAGMENT

Déjà, car le Seigneur me fait cette largesse,
Je la vois.

Loin d’ici, sur la terre pourtant,
Une région morne et splendide s’étend,
Gieux glacés, sol durci, mer immobilisée.
Là, du soleil polaire éternelle épousée,
Mais après tant de jours immaculée encor,
La neige ne sait point l’ardeur des baisers d’or
Et livre sans péril de fonte ni de bâle
A l’impuissant époux sa virginité pâle.
Steppes développant leur blême immensité
Sous un ciel des candeurs de la terre teinté ;
Forêts, gorges, vallons, molles profondeurs blanches
Que parfois, sous le givre éblouissant des branches,
Traverse à pas pesants un carnassier rôdeur,
Muet dans le silence et mat sur la splendeur ;
Villes au loin, hameaux presque enfouis qu’assiège
L’épais grossissement onduleux de la neige ;
Larges fleuves étreints par les glaces, amas
D’avalanches, sommets éclatants de frimas,
Tout s’estompe et se fond dans la monotonie
D’une blancheur intense, immuable, infinie.
Forme sensible à peine en ce vaste unisson
Du ciel froid, du désert blafard et du glaçon,
S’élève, au flanc des monts, une antique demeure.
Son tranquille escalier que rarement effleure
Le pas d’un serviteur pensif qui disparait
Sous une voûte ainsi qu’un spectre s’en irait,
Ses arcades qu’au loin la neige continue,
Et le blêmissement de ses toits sous la nue,
Forment un édifice étrange et solennel
Semblable à ces palais que l’hiver éternel
Dresse et maçonne, ayant, sous la brume blanchâtre,
Pour pierre la banquise et le flocon pour plâtre.
Au dedans, le silence et la paix sont profonds ;
De froides pesanteurs descendent des plafonds,