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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/242

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tout, à coup, la Gascogne éclate, enluminée, là-bas, au loin sous des écumes de vapeurs.

Lors, se ramentevant ses fiefs et ses honneurs,
sa dame délaissée ou quelque demoiselle,
nul de nous qui ne pleure au souvenir d’icellc,
et, d’avance, ne rie au plaisir de ses yeux
clairs, et, d’un bon accueil, nous mirant, tout joyeux !
Dévalons !

Au delà de la terre Gascone, voici la France, ô Franks.

Soudain, chacun s’étonne tôt se sont arrêtés mules et palefrois : car, derrière, du fond des défilés étroits, grossie au formidable écho de mille combes, tourbillonnante comme un hurlement de trombes, une clameur sauvage accourt comme un grand vent, et c’est un vent qui crie et souffre : il est vivant. Nos cœurs se sont serrés : nous cillons nos paupières : nos chevaux l’ont senti passer dans leurs crinières. Ils reniflent, flairant le sol, épouvantés. Et voici qu’à nos poings nos longs épieux heurtés balancent les éclairs vibrants de leurs amures, et que les gonfanons gonflés — sur les murmures de l’acier et du fer brunoyant au soleil, sur les hauberts maillés, les heaumes d’or vermeils, sur les écus lustrés et les claires épées — font bannoyer, en grand émoi développées, leurs flammes, pans fleuris rouges, et blancs, et bleus !

Et chacun se regarde avec des pleurs aux yeux.

La clameur se prolonge et s’irrite, affolée
comme le bramement d’une fauve acculée.
Or, sur ses étriers, Karl, debout, s’est dressé ;
il écoute ; — son poil blanchi s’est hérissé.

« Nul cor, sinon le sien, n’aurait si longue haleine !

A l’aide, mes barons, car Rollont est en peine,

et des preux tels que lui n’appellent qu’en mourant ! »

Les grailes, aussitôt, sonnent de rang en rang : l’Empereur fait crier ses enseignes ; et toute