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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/239

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SÉRÉNITÉ

On dirait que ce vent vient de la mer lointaine ;
Sous des nuages blonds l’azur du ciel verdit,
Et, dans l’horizon blême, une brume incertaine
S’amasse à flots épais, se dilate et grandit.

Elle éteint le dernier éclat du soleil pâle
Qui plonge et s’enfouit dans le vague Occident ;
Son front, mélancolique et noirci par le haie,
Cache au fond du ciel gris son diadème ardent.

L’air sonore frissonne, et la Nuit souveraine
Du fond de l’orient se lève lentement ;
Elle monte et s’étend ; sa majesté sereine
D’un immense mystère emplit le firmament.

Sous ses pieds nonchalants, que les ténèbres baignent.
Le sol creux retentit, tremble au loin et frémit ;
Et de rouges éclairs, qui palpitent et saignent,
Crèvent le ciel opaque et pesant qui gémit.

La Nuit rêveuse et douce a ceint sa tête brune
D’un bandeau scintillant pnrsemé d’yeux ouverts ;
Les rayons d’argent froid, qui tombent de la lune,
Sur ses cheveux de jais plaquent des reflets verts.

Elle allonge ses bras d’où ses voiles noirs pendent
A lents plis, imprégnés des pavots du sommeil,
Et troués de clartés mystiques, qui répandent
Sur l’ébène de l’ombre un or fauve et vermeil.

Et ce vent, qui fraîchit, vient de la mer lointaine ;
La gaze de sa robe a glissé sur les eaux
Et déploie en traînant une odeur incertaine
De sels marins mêlés aux verdeurs des roseaux.

Et les nuages blonds se rembrunissent : l’ombre
Voit, à ses flancs grondants, serpenter des éclairs ;
On dirait d’un vaisseau voguant sur la mer sombre
Avec un bruit confus de canons et de fers.

Courbant, en mugissant, les chênes centenaires,
La Tempête, qui hurle et pleure par moment,