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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/227

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Où voltigeait ton doux sourire étincelant,
Ton sourire de femme, ô Madame Roland !

Les loups ne sont pas loin… Ils vont franchir la marge
De la foret. Leur voix plus distincte et plus large
Emplit l’air. La nuit tombe et s’épaissit. L’horreur
Guide les loups hideux comme un avant-coureur
Et prête aux pas pesants dont tremble la clairière
Plus de sonorité sinistre et meurtrière.

« Entends-tu, dit Buzot tressaillant, vers le Nord
Ces clameurs ? »

Pétion répondit : « C’est la Mort.
Qu’elle vienne ! Salut à la Libératrice.
Ami, c’est une mère, et c’est une nourrice
Qui, pour l’échange obscur d’un corps persécuté,
Nous fait les nouveau-nés de l’immortalité.
Aux Champs élyséens mon espoir est fidèle.
Viens m’y rejoindre avec nos amis, avec Elle. »
Buzot serra la main de Pétion… Les pas
Réguliers et pareils au rythme du trépas
S’approchaient. Les héros se regardèrent, l’âme
Indomptable… Déjà des prunelles de flamme
Perçaient la profondeur des halliers envahis.
Eux se disaient, songeant à leurs frères trahis,
Que ce gouffre implacable où le sort les destine
Valait mieux qu’une ingrate et froide guillotine,
Et que leurs compagnons, de cette mort jaloux,
En place de bourreaux eussent choisi des loups.
Près d’eux soudain brilla comme une gerbe oblique
D’éclairs… Buzot se dit encore : « O République ! »
Pétion répondit encore : « O liberté ! »

Les loups firent leur œuvre avec tranquillité.

(Poèmes de la Révolution.)

MADAME DE CONDORCET

Longtemps après l’effroi des tourmentes publiques,
Dans la langueur des beaux jardins mélancoliques
Et blanche au voile noir sous les ombres d’Auteuil,
La veuve du héros pensif traîna son deuil