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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/226

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Ainsi, franc do remords, étranger à la plainte,
De mon droit au bonheur fermement convaincu,
Un jour je serais mort sans regret et sans crainte.
Harmonieusement, comme j’aurais vécu !

(Les Élévations.)

LES LOUPS

Des loups dans le lointain, une forêt déserte,
Deux hommes, deux proscrits, double victime offerte
A la fatalité de l’immolation :
L’un s’appelle Buzot, et l’autre Pétion ;

La neige flagellait ces deux pauvres visages ;
Ils allaient devant eux, ces héros et ces sages,
Sans espoir qu’à leurs maux il pût être une fin.
Pensifs, ils avaient froid ; mornes, ils avaient faim,
Les loups aussi.

Là-bas, de farouches murmures
Que le vent prolongeait au milieu des ramures
Grondent, et l’on pourrait entendre par moments
Un fauve et famélique appel de hurlements
A travers le silence et l’ombre épouvantables.
Les troupeaux sont reclus et closes les étables ;
Plus de combat avec les chiens et le berger ;
Rien, plus une pâture à terre… Il faut manger.

Et les beaux Girondins, que la Commune exile,
Marchaient toujours, pareils aux Anciens du Pœcile,
Evoquant un passé resplendissant et fier,
Un passé si loin d’eux et qui date d’hier :
Le duel corps à corps contre une cour servile,
La jeune ovation du vieil Hôtel de Ville,
Les clubs comme une houle ondulant à leur voix,
Le soufflet de la guerre à la face des rois,
Le dix août renversant l’altière tyrannie,
Et l’amour d’un grand peuple attestant leur génie.

O sainte illusion ! Ces têtes de proscrits
S’illuminent : parmi les bravos et les cris,
Pétion se revoit au retour de Varennes
Triomphant, et Buzot rêve aux heures sereines