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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/223

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Le défendant de mal comme un rosier défend
Le bouton de sa rose avec ses mains de feuille.

Elle suivait ainsi, courbée et pas à pas,
Regardant par instant, dans un muet délire,
Un bomme assis plus loin et qui feignait de lire
Et souriait, — croyant qu’on ne le voyait pas.

Peut-être le mari, mais sans doute le père,
Qui tâchait de porter l’ivresse dignement,
Et dont les doux regards allaient furtivement
De la mère à l’enfant, de l’enfant à la mère.

Et par ce beau soleil flottait sur tout cela
Je ne sais quoi d’ému que le printemps apporte ;
J’entendis le Bonheur murmurer : « Je suis là… »
Et je sortis rêveur — en fermant bien la porte

(Amours et Haines.)

LE GUÉ

Il fallait passer la rivière,
Nous étions tous deux aux abois.
J’étais timide, elle était fière.
Les tarins chantaient dans les bois.
Elle me dit : « J’irai derrière,
Mon ami, ne regardez pas. »
Et puis elle défit ses bas…
Il fallait passer la rivière.
Je ne regardai… qu’une fois,
Et je vis l’eau comme une moire
Se plisser sur ses pieds d’ivoire…
Nous étions tous deux aux abois.
Elle sautait de pierre en pierre ;
J’aurais dû lui donner le bras ;
Vous jugez de notre embarras.
J’étais timide, elle était fière.
Elle allait tomber, — je le crois, —
J’entendis son cri d’hirondelle ;
D’un seul bond je fus auprès d’elle…
Les tarins chantaient dans les bois.

(Amours et Haines.)