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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/217

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PAUVRES DIABLES

Les pauvres diables vont trimant
Vers un but qui toujours recule.
A l’aube comme au crépuscule
Et sous le soleil inclément,
Honteuse engeance à triste mine,
Dans la guenille et la vermine,
Les pauvres diables vont trimant.
Les pauvres diables vont peinant ;
Le fardeau leur courbe l’échine.
Dans la mine, avec la machine,
Sur la mer, sur le continent,
Dur est le pain, rude est la tâche,
Rare l’aubaine… Sans relâche,
Les pauvres diables vont peinant.
Les pauvres diables vont mourant.
Pour les consoler à cette heure,
La foi, l’espoir, rien ne demeure :
En maudissant, en exécrant
Le destin si peu tutélaire,
Fous de vengeance et de colère,
Les pauvres diables vont mourant.

(Chez nous.)

LA MORT DU CHAT

Cadet, le jeune chat, fin museau rose à peindre,
Dans sa robe tigrée au long velours soyeux,
Si vif et si mignon, si doux, si gracieux,
A senti, soudain triste, un mal cruel l’étreindre.

Il a passé six jours malade, sans se plaindre.
Malgré l’âpre douleur écrite en ses grands yeux
Attendant résigné, calme, silencieux,
La minute où la vie en lui devait s’éteindre.

Il a jeté trois fois un sec miaulement,
Une clameur d’angoisse et de déchirement,
Comme un mystérieux appel dont l’accent navre