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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/203

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Des maudits qui gravaient leur défi sur le roc,
Et dont la race immense est maudite elle-même ?

Ah ! voyais-tu l’envie armant les désaccords,
Et se glissant partout comme un chacal qui rôde ?
Le fer s’ouvrant sans cesse un chemin dans les corps,
Le sol toujours fumant sous une pourpre chaude ?

Et les peuples Cains sur les peuples Abels
Se ruant sans pitié, les déchirant sans trêves ;
Les sanglots éclatant de toutes les Babels,
Les râles étouffés par la clameur des grèves ?

Sous l’insoluble brume où l’bomme en vils troupeaux
S’amoncelle, effrayé de son propre héritage,
Entendais-tu monter dans les airs, sans repos,
Le hurlement jaloux des foules, d’âge en âge ?

Compris-tu que le mal était né ? qu’il serait
Immortel ? que l’instinct terrestre, c’est la haine
Qui, dévouant tes fils à Satan toujours prêt,
Lui fera sans relâche agrandir la Géhenne ?

Compris-tu que la vie était le don cruel ?
Que l’amour périrait avec l’Aïeule blonde ?
Et qu’un fleuve infini de larmes et de fiel
Né du premier sourire abreuverait le monde ?

VI

Dieu l’a su ! — Jusqu’au soir ainsi tu demeuras
Contemplant ces fronts purs où le soleil se joue ;
Et tandis qu’ils dormaient oublieux en tes bras,
Deux longs ruisseaux brûlants descendaient sur ta joue.

(Poèmes et Poésies.)