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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/182

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cles de critique littéraire ; un recueil de vers, Au Printemps de la vie (1857) ; un drame antique en un acte et en vers, Héro et Léandre, qui fut représenté au Théâtre-Français (1859) ; et plusieurs ouvrages destinés à l’enfance, et dont La Comédie enfantine (1860) fut couronnée par l’Académie française.

« Louis Ratisbonne a le vers heureux. Le public, qui le lit facilement, aime sa brillante traduction de Dante et ses Figures jeunes. On pourrait citer de lui, dans plus d’un genre, des strophes coulées de source, qui ne sentent point l’école et qui sont dans le vrai génie français. Sa Comédie enfantine est une œuvre parfaite dans son genre. L’auteur y met à nu le cœur des petits garçons et des petites filles, flagelle les premiers vices et raille les premiers ridicules de l’humanité. Le petit monde, dont il est le classique, le comprend et l’aime. Et le père lit par-dessus l’épaule de sa femme ce livre de famille. » (Anatole France.)




L’ENFANT

PROLOGUE AUX MÈRES


L’homme n’est pas le roi de la création,
C’est l’enfant. Il sourit dans les crocs du lion,
Et le lion vaincu le rapporte à sa mère ;
Il bégaye, et sa voix passe, en douceur, Homère.
Du berceau, comme Hercule, il descend triomphant ;
L’homme cède à la femme, et la femme à l’enfant.

Il ne sait pas marcher, l’innocent, et nous mène.
On lui met la lisière : il nous forge une chaîne,
Il nous rive on collier fait de deux petits bras :
Tout le mond obéit, même les scélérats.
Contre qui veut lutter, quelles terribles armes :
Les foudres enfantins, des cris mêlés de larmes !
Ainsi tout est soumis à ce roi nouveau-né,
Et du fond des berceaux le monde est gouverné.

O mères, c’est qu’aussi les roses les plus fraîches
Et les lis les plus blancs fleurissent dans vos crèches !
Fleurs d’amour, beaux enfants, aux yeux clairs, au front doux,
Que l’on berce et qu’on fait sauter sur ses genoux !
Gai comme le matin et comme l’innocence,
Rose comme l’espoir et tout ce qui commence,