Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/167

Cette page n’a pas encore été corrigée


Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyugeur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un’ agace son bec avec un brùîe-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol, au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

(Les Fleurs du mal.)

LE GOUFFRE

Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant.
— Hélas ! tout est abîme, — action, désir, rêve,
Parole ! et sur mon poil qui tout droit se relève
Mainte fois de la Peur je sens passer le vent.

En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,
Le silence, l’espace affreux et captivant…
Sur le fond de mes nuits, Dieu, de son doigt savant,
Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.

J’ai peur du sommeil comme on a peur- d’un grand trou,
Tout plein de vogue horreur, menant.on ne sait où ;
Je ne vois qu’infini par toutes les fenêtres,

Et mon esprit, toujours du vertige hanté,
Jalouse du néant l’insensibilité. - - -
— Ah ! ne jamais sortir des Nombres et des Êtres !

(Les Fleurs du mal.)

L’HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours tu chériras la mer.
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur