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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/163

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En 1857, Poulet-Malassis avant publié, sous le titre de Fleurs du mal, les poésies que Baudelaire avait semées ça et là dans les revues, le poète et son éditeur furent aussitôt poursuivis par le parquet impérial et condamnes, malgré la plaidoirie de M* Chaix d’Est-Ange, à une triple amende pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. La cour prononça en outre la suppression de six pièces : Lesbos, Femmes damnées, Le Lèthé, A celle qui est trop gaie, Les Bijoux, et Les Métamorphoses du vampire (21 août 1857). Baudelaire eut un instant l’intention de protester contre cet arrêt, et l’on a retrouvé dans ses papiers le brouillon de divers projets de préfaces qu’il abandonna lors de la réimpression des Fleurs du mal. Bientôt, d’ailleurs, d’autres travaux le réclamèrent, et il se remit à la besogne, travaillant avec une sage lenteur, ne travaillant qu’à ses heures, toujours préoccupé d’atteindre l’idéale perfection, « ne traitant que des sujets auxquels le grand public était, alors encore plus qu’aujourd’hui, complètement étranger ». Il publia coup sur coup une fort belle Etude sur Théophile Gautier (1859), Les Paradis artificiels, essai psychologique et littéraire sur les effets du haschisch et de l’opium (1861), La Morale du joujou, un compte rendu du Salon de 1859, de remarquables articles sur Constantin Guys, le dessinateur anglais, sa défense de Richard Wagner et du Tannhàuser, etc.

En 1862, il posa sa candidature à l’Académie française, mais Alfred de Vigny et Sainte-Beuve, dont il avait réclamé le patronage, lui conseillèrent de se désister, ce qu’il fit en termes « dont on apprécia la modestie et la convenance ». « On a voulu voir dans cette velléité académique une de ces mystifications dont il abusait et qui lui ont nui plus qu’elles ne lui ont servi… C’était plutôt, croyons-nous, dans sa pensée, une protestation contre la condamnation de Fleurs du mal, en même temps qu’un recours coutre une position toujours précaire. » Un séjour que Baudelaire alla faire en Belgique, où il espérait trouver des lecteurs et des conférences, lui fut fatal, « Le climat de la Belgique, les insuccès réitérés, la gêne, l’intempérance, exaspérèrent des facultés déjà très ébranlées. Baudelaire, après divers accidents cérébraux, fut frappé d’hémiplégie et d’aphasie. Soigné d’abord par Malassis, il fut ramené à Paris et placé dans une maison de santé, où son agonie se prolongea plusieurs mois encore.

La mort vint enfin le délivrer de ses souffrances…

Baudelaire laissera une trace restreinte, mais profonde, dans la littérature contemporaine. Son originalité lui a coûté trop cher, ou, comme il l’écrivit dans son journal intime, il a trop longtemps « cultivé son hystérie avec jouissance et terreur », pour qu’on ne lui concède pas qu’elle est bien à lui. Il eut tort assurément do la souligner par dos bouffonneries ou des excentricités