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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/131

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buta dans les lettres à dix-sept ans par une élégie dédiée à Casimir Delavigne : Aux héros des Thermopyles (1825). Son premier roman, L’Amour impossible, date de 1841. Deux autres publications faites à petit nombre et par les soins d’un ami, M. Tribucien, La Bague d’Annibal (1843), sorte de poème en prose, et Du Dandysme et de Georges Brummel (1845), biographie d’un fat célèbre, avaient attiré l’attention des lettrés, lorsqu’il mit au jour un nouveau roman, Une Vieille Maîtresse (1851), dont quelques passages soulevèrent de vives accusations d’immoralité, et qui fut suivi d’une série d’études philosophiques, Les Prophètes du passé (1851), où l’auteur se plaçait au premier rang des champions du catholicisme militant. Vers cette même époque, il publia L’Ensorcelée, épisode de la chouannerie normande, son chef-d’œuvre, auquel il a donné pour pendant, quelques années plus tard, un autre épisode emprunté aux mêmes luttes : Le Chevalier Destouches (1864). D’autres volumes suivirent, dont quelques-uns faillirent lui attirer des poursuites. Une plaquette sans titre, renfermant 12 pièces de vers (1854), Memorandum, journal d’un séjour à Caen (1856), Rythmes oubliés (1838) et Le Pacha (1869), fragments d’un volume de poèmes en prose qui n’a pas paru, ont été publiés par M. Tribucien et complètent l’œuvre personnelle de Barbey d’Aurevilly. La plupart de ses articles de critique, parus dans divers journaux, ont été rassemblés dans Les Œuvres et les Hommes, Les Quarante Médaillons de l’Académie française, etc. Les hommes d’alors se rappelleront les attaques furieuses et spirituelles dirigées par Barbey d’Aurevilly contre le Parnasse et les Parnassiens, — les trente-sept, — lesquels furent tous médaillonés sans pitié, selon la fantaisie de l’artiste, avec une verve mordante qui lui valut bien des inimitiés. On a appelé Barbey d’Aurevilly le Duc de Guise de la littérature. C’est, en effet, un jouteur, un lutteur infatigable, un « vrai soldat de la plume », ayant toujours, dit M. Charles Buet, « flamberge au vent et feutre sur l’oreille ». « Ce fut de plus, ajoute le même critique, une des intelligences les plus profondes, les plus complètes de ce temps-ci, que cet homme qui s’est contenté d’être un solitaire, écrivant des histoires pour lui-même et pour ses amis, faisant bon marché de l’argent et de la gloire, et, prodigue éperdu, semant à tous les vents assez de génie pour laisser croire qu’il en avait le mépris… »

Dans sa préface aux Memoranda, M. Paul Bourget apprécie en ces termes le talent et la personnalité littéraire de Barbey d’Aurevilly : « Depuis Rivarol et le prince de Ligue, personne n’a causé comme M. d’Aurevilly ; car il n’a pas seulement le mot, comme tant d’autres, il a le style dans le mot, et la métaphore, et la poésie. Mais c’est que toutes les facultés de ce rare talent se font équilibre et se tiennent d’une étroite manière ; et, même à l’occasion de ces feuilles légères des Me-