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Page:Wagner - Une capitulation, Leduc.djvu/14

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Le Chœur. — C’est un espion !
Hugo. — Qu’ai-je entendu ? Comment peut-on ne pas reconnaître ma tête puissante, mon front inspiré de Titan-Prométhée ! C’est derrière ce front-là qu’ont germé les œuvres pleines de terreur dont je suis si fier, tandis que vous vous laissiez anéantir par la misère.
Les Voix, dans le fond de l’égout. — Descends ! Fou que tu es !
Le Lieutenant Perrin. — Oh ! j’ai reconnu son nez.
Hugo, luttant pour s’arracher des mains qui veulent le retenir dans l’égout. —
   Me reconnaissez-vous, moi qui punis les oppresseurs, moi qui livrai Tropmann, moi qui, de mon observatoire en plein océan, découvris les monstres qui s’agitent au fond ? Que faisais-je pendant que vous n’aviez pas seulement le courage de lutter contre la famine ? Je bravais tous les dangers, j’arrivais à vous par ces égouts pleins d’embûches pour vous apporter des vivres. Et vous ne me reconnaissez pas ? (Se penchant vers le trou) Faites donc attention ! Vous allez déchirer mon habit.}}
Les Voix, dans le fond de l’égout. — Viens ! nous ne te laisserons pas échapper.
Perrin. — Citoyens ! Ecoutez-moi. Je l’ai reconnu. C’est Victor Hugo... si ce n’est pas le démon.
Le Chœur, manifestant sa joie. — Hugo ! Hugo ! Viens, Viens ! Hors de ce trou !
Flourens, dans le souterrain. — Sortez-le si vous pouvez, nous tenons bon !
Hugo, regardant vers le trou. — Démons impitoyables, laissez-moi m’expliquer.
Les Voix, du fond. — Soit ! Mais fais vite !
Hugo. — Je suis retenu dans cet égout par des raisons d’une importance capitale. Je reviendrai, soyez-en sûrs, avec la protection du Tout-Puissant. Mais, permettez-moi une question, car je ne puis vivre dans cette incertitude. S’est-il donc produit un changement de gouvernement ? Et qu’est-il advenu de l’Hôtel de Ville ? Je ne vois plus que le balcon…
Lefèvre. — L’Hôtel de Ville ? Nous l’avons mis en miettes pour apprendre au gouvernement à s’aller cacher dans les combles. Le gouvernement ne doit pas jouer à cache-cache avec nous, il faut que nous puissions le changer quand cela nous plait.
Hugo. — Mais alors... où se tient le gouvernement ?
Les Voix, du fond. — Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Lefèvre. — Il se tient sur le balcon et il sommeille en-dessous.
Hugo. — Dort-il en ce moment ? Je ne le vois nulle part.
Les Voix, du fond. — Vieux farceur ! Tu ferais mieux de te taire !
Lefèvre. — Nous allons le réveiller !