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De la Chine.


DE LA CHINE.

Nous allons chercher à la Chine de la terre, comme si nous n’en avions point ; des étoffes, comme si nous manquions d’étoffes ; une petite herbe pour infuser dans de l’eau, comme si nous n’avions point de simples dans nos climats. En récompense, nous voulons convertir les Chinois, c’est un zèle très louable, mais il ne faut pas leur contester leur antiquité, & leur dire qu’ils sont des idolâtres. Trouverait-on bon, en vérité, qu’un capucin ayant été bien reçu dans un château des Montmorency, voulût leur persuader qu’ils sont nouveaux nobles, comme les secrétaires du roi, & les accuser d’être idolâtres, parce qu’il aurait trouvé dans ce château deux ou trois statues de connétables, pour lesquelles on aurait un profond respect ?

Le célèbre Wolf, professeur de mathématique dans l’université de Halle, prononça un jour un très bon discours, à la louange de la philosophie chinoise ; il loüa cette ancienne espèce d’hommes, qui diffère de nous par la barbe, par les yeux, par le nez, par les oreilles & par le raisonnement ; il loua, dis-je, les Chinois d’adorer un Dieu suprême, & d’aimer la vertu ; il rendait cette justice aux Empereurs de la Chine, aux Kolao, aux tribunaux, aux lettrés. La justice qu’on rend aux bonzes est d’une espèce différente.

Il faut savoir que ce Wolf attirait à Halle