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Le cœur me saigne quand je vois des hommes remplis de science, de bon sens et de probité, rejeter nos miracles, et dire qu’on peut remplir tous ses devoirs sans croire que Jonas ait vécu trois jours et trois nuits dans le ventre d’une baleine lorsqu’il allait par mer à Ninive, qui est au milieu des terres. Cette mauvaise plaisanterie n’est pas digne de leur esprit, qui d’ailleurs mérite d’être éclairé. J’ai honte de vous en parler ; mais elle me fut répétée hier dans une si grande assemblée que je ne peux m’empêcher de vous supplier d’émousser la pointe de ces discours frivoles par la force de vos raisons. Prêchez contre l’incrédulité, comme vous avez prêché contre le loup qui ravage mon cher pays du Gévaudan[1], dont je suis natif : vous aurez le même succès, et tous nos citoyens, bourgeois, natifs, et habitants, vous béniront, etc.


TROISIÈME LETTRE DU PROPOSANT
à m. le professeur en théologie[2].

Monsieur,

Je vous prie de venir à mon secours contre un grand seigneur allemand[3] qui a beaucoup d’esprit, de science et de vertu, et qui malheureusement n’est pas encore persuadé de la vérité des miracles opérés par notre divin Sauveur. Il me demandait hier pourquoi Jésus aurait fait ces miracles en Galilée. Je lui dis que c’était pour établir notre sainte religion à Berlin, dans la moitié de la Suisse, et chez les Hollandais.

  1. Cette bête, après avoir épouvanté l’Auvergne et le Gévaudan pendant assez longtemps, fut tuée, le 20 septembre 1765, près de la ville de Langeac. Portée en poste à Versailles, et présentée à Louis XV, elle fut reconnue effectivement pour un loup du poids de cent trente livres, et de la hauteur de trente-deux pouces. (Cl.)
  2. Voltaire cite un passage de cette lettre dans une de ses notes sur les Discours de l’empereur Julien.
  3. Ce grand seigneur allemand est nommé le comte de K…, à la fin de la lettre xii, dans l’édition de 1765, et le comte de Hiss-Priest-Craft, au commencement de la xiie lettre, dans les éditions postérieures et dans celle-ci. Il est dit, dans la xxe lettre, qu’il demeurait en Souabe. On pourrait, à plus d’un trait, reconnaître en M. le comte de Hiss-Priest-Craft, qui siffle, censure les ruses et impostures sacerdotales, M. le comte de Ferney lui-même, qui se cacha quelquefois sous le nom de Misopriest ; mais il est plus vraisemblable que le proposant Voltaire a entendu désigner indirectememt ici Frédéric II, roi de Prusse, et comte de Neufchâtel, cité sous ce dernier titre dans la première page de la xive lettre. (Cl.) — M. G. Avenel croit qu’il s’agit de l’électeur palatin.