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plutôt il entraîna l’électeur au-delà du Danube ; et quand le fleuve fut passé, l’électeur se repentit, voyant que le moindre échec laisserait ses États à la merci de l’empereur. Le comte de Styrum à la tête d’un corps d’environ vingt mille hommes, allait se joindre à la grande armée du prince de Bade, auprès de Donavert. Il faut les prévenir, dit le maréchal au prince ; il faut tomber sur Styrum, et marcher tout à l’heure. L’électeur temporisait : il répondait qu’il en devait conférer avec ses généraux et ses ministres. « C’est moi qui suis votre ministre et votre général, lui répliquait Villars. Vous faut-il d’autre conseil que moi, quand il s’agit de donner bataille ? » Le prince, occupé du danger de ses États, reculait encore ; il se fâchait contre le général : « Hé bien, lui dit Villars, si Votre Altesse électorale ne veut pas saisir l’occasion avec ses Bavarois, je vais combattre avec les Français ; » et aussitôt il donne ordre pour l’attaque. Le prince, indigné[1], et ne voyant dans ce Français qu’un téméraire, fut obligé de combattre malgré lui. C’était dans les plaines d’Hochstedt, auprès de Donavert.

(20 septembre 1703) Après la première charge on vit encore un effet de ce que peut la fortune dans les combats. L’armée ennemie et la française, saisies d’une terreur panique, prirent la fuite toutes deux en même temps, et le maréchal de Villars se vit presque seul quelques minutes sur le champ de bataille : il rallia les troupes, les ramena au combat, et remporta la victoire. On tua trois mille Impériaux ; on en prit quatre mille ; ils perdirent leur canon et leur bagage. L’électeur se rendit maître d’Augsbourg. Le chemin de Vienne était ouvert. Il fut agité dans le conseil de l’empereur s’il sortirait de sa capitale.

La terreur de l’empereur était excusable : il était alors battu partout. (6 septembre) Le duc de Bourgogne, ayant sous lui les maréchaux de Tallard et de Vauban, venait de prendre le vieux Brisach. (14 novembre 1703) Tallard venait non-seulement de reprendre Landau, mais il avait encore défait auprès de Spire le

  1. Tout ceci doit se trouver dans les Mémoires du maréchal de Villars, manuscrits ; j’y ai lu ces détails. Le premier tome imprimé de ces Mémoires est absolument de lui ; les deux autres sont d’une main étrangère et un peu différente.

    On voit, par les dépêches du maréchal, combien il avait à souffrir de la cour de Bavière : « Peut-être valait-il mieux lui plaire que de le bien servir. Ses gens en usent ainsi. Les Bavarois, les étrangers, tous ceux qui l’ont volé, friponne au jeu, livré à l’empereur, ont fait avec lui leur fortune, etc. »

    Il entend par ces mots, livré à l’empereur, une intrigue que les ministres de l’électeur de Bavière formaient alors pour faire sa paix avec l’Autriche, dans le temps que la France combattait pour lui. (Note de Voltaire.) — Voyez la note sur les Mémoires de Villars, page 142.