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GOUVERNEMENT DE LOUIS XII.

Une seconde faute d’un autre genre, qu’on lui a reprochée, fut l’incompréhensible traité de Blois, par lequel le conseil du roi démembrait et détruisait d’un coup de plume la monarchie française. Par ce traité, le roi donnait la seule fille qu’il eût d’Anne de Bretagne au petit-fils de l’empereur et du roi Ferdinand d’Aragon, ses deux ennemis, à ce même prince qui fut depuis, sous le nom de Charles-Quint, si terrible à la France et à l’Europe. Qui croirait que sa dot devait être composée de la Bretagne entière, de la Bourgogne, et qu’on abandonnait Milan, Gênes, sur lesquels on cédait ses droits ? Voilà ce que Louis XII ôtait à la France en cas qu’il mourût sans enfants mâles. On ne peut excuser un traité si extraordinaire qu’en disant que le roi et le cardinal d’Amboise n’avaient nulle intention de le tenir, et qu’enfin Ferdinand avait accoutumé le cardinal d’Amboise à l’artifice. Mais quel artifice et quelle infamie ! On est réduit à imputer au bon Louis XII l’imbécillité ou la fraude.

(1506) Aussi les états généraux, assemblés à Tours, réclamèrent contre ce projet funeste. Peut-être le roi, qui s’en repentait, eut-il l’habileté de se faire demander par la France entière ce qu’il n’osait faire de lui-même : peut-être céda-t-il par raison aux remontrances de la nation. L’héritière d’Anne de Bretagne fut donc ôtée à l’héritier de la maison d’Autriche et de l’Espagne, ainsi qu’Anne elle-même avait été ravie à l’empereur Maximilien. Elle épousa le comte d’Angoulême, qui fut depuis François Ier. La Bretagne, deux fois unie à la France, et deux fois près de lui échapper, lui fut incorporée, et la Bourgogne n’en fut point démembrée.

Une autre faute qu’on reproche à Louis XII fut de se liguer contre les Vénitiens, ses alliés, avec tous ses ennemis secrets. Ce fut un événement inouï jusqu’alors que la conspiration de tant de rois contre une république qui, trois cents années auparavant, était une ville de pêcheurs devenus d’illustres négociants.

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