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mais ils ont perfectionné la morale, qui est la première des sciences.

Leur vaste et populeux empire était déjà gouverné comme une famille dont le monarque était le père, et dont quarante tribunaux de législation étaient regardés comme les frères aînés, quand nous étions errants en petit nombre dans la forêt des Ardennes.

Leur religion était simple, sage, auguste, libre de toute superstition et de toute barbarie, quand nous n’avions pas même encore des Teutatès, à qui des druides sacrifiaient les enfants de nos ancêtres dans de grandes mannes d’osier.

Les empereurs chinois offraient eux-mêmes au Dieu de l’univers, au Chang-ti, au Tien, au principe de toutes choses, les prémices des récoltes deux fois l’année ; et de quelles récoltes encore ! de ce qu’ils avaient semé de leurs propres mains. Cette coutume s’est soutenue pendant quarante siècles, au milieu même des révolutions et des plus horribles calamités.

Jamais la religion des empereurs et des tribunaux ne fut déshonorée par des impostures, jamais troublée par les querelles du sacerdoce et de l’empire, jamais chargée d’innovations absurdes, qui se combattent les unes les autres avec des arguments aussi absurdes qu’elles, et dont la démence a mis à la fin le poignard aux mains des fanatiques, conduits par des factieux. C’est par là surtout que les Chinois l’emportent sur toutes les nations de l’univers.

Leur Confutzée, que nous appelons Confucius, n’imagina ni nouvelles opinions ni nouveaux rites ; il ne fit ni l’inspiré ni le prophète : c’était un sage magistrat qui enseignait les anciennes lois. Nous disons quelquefois, et bien mal à propos, la religion de Confucius ; il n’en avait point d’autre que celle de tous les empereurs et de tous les tribunaux, point d’autre que celle des premiers sages. Il ne recommande que la vertu ; il ne prêche aucun mystère. Il dit dans son premier livre que pour apprendre à gouverner il faut passer tous ses jours à se corriger. Dans le second, il prouve que Dieu a gravé lui-même la vertu dans le cœur de l’homme ; il dit que l’homme n’est point né méchant, et qu’il le devient par sa faute. Le troisième est un recueil de maximes pures, où vous ne trouvez rien de bas, et rien d’une allégorie ridicule. Il eut cinq mille disciples ; il pouvait se mettre à la tête d’un parti puissant, et il aima mieux instruire les hommes que de les gouverner.

On s’est élevé avec force, dans l’Essai sur les Mœurs et l’Esprit des nations (chap. ii), contre la témérité que nous avons eue, au