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le savant Huet, que Sanchoniathon ait puisé chez Moïse, quand tout ce qui reste de monuments antiques nous avertit que Sanchoniathon vivait avant Moïse ? Nous ne décidons rien, c’est au lecteur éclairé et judicieux à décider entre Huet et Van-Dale, qui l’a réfuté. Nous cherchons la vérité, et non la dispute.

xiv. — Des Scythes et des Gomérites.

Laissons Gomer, presque au sortir de l’arche, aller subjuguer les Gaules, et les peupler en quelques années ; laissons aller Tubal en Espagne et Magog dans le nord de l’Allemagne, vers le temps où les fils de Cham faisaient une prodigieuse quantité d’enfants tout noirs vers la Guinée et le Congo. Ces impertinences dégoûtantes sont débitées dans tant de livres que ce n’est pas la peine d’en parler ; les enfants commencent à en rire ; mais par quelle faiblesse, ou par quelle malignité secrète, ou par quelle affectation de montrer une éloquence déplacée, tant d’historiens ont-ils fait de si grands éloges des Scythes, qu’ils ne connaissaient pas ?

Pourquoi Quinte-Curce, en parlant des Scythes qui habitaient au nord de la Sogdiane, au delà de l’Oxus (qu’il prend pour le Tanaïs, qui en est à cinq cents lieues), pourquoi, dis-je, Quinte-Curce met-il une harangue philosophique dans la bouche de ces barbares ? Pourquoi suppose-t-il qu’ils reprochent à Alexandre sa soif de conquérir ? Pourquoi leur fait-il dire qu’Alexandre est le plus fameux voleur de la terre, eux qui avaient exercé le brigandage dans toute l’Asie si longtemps avant lui ? Pourquoi enfin Quinte-Curce peint-il ces Scythes comme les plus justes de tous les hommes ? La raison en est que, comme il place en mauvais géographe le Tanaïs du côté de la mer Caspienne, il parle du prétendu désintéressement des Scythes en déclamateur.

Si Horace, en opposant les mœurs des Scythes à celles des Romains, fait en vers harmonieux le panégyrique de ces barbares, s’il dit (ode xxiv, liv. III),


            Campestres melius Scythæ,
Quorum plaustra vagas rite trahunt domos,
            Vivunt, et rigidi Getae ;


Voyez les habitants de l’affreuse Scythie,
            Qui vivent sur des chars ;
Avec plus d’innocence ils consument leur vie
            Que le peuple de Mars ;