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avait de plus cher, et de ne se point exposer, devant des êtres qu’on croyait purs, aux accidents de ce qu’on croyait impureté ? Peut-on s’étonner, après de tels sacrifices, de celui que l’on faisait de son prépuce chez d’autres peuples, et de l'amputation d’un testicule chez des nations africaines ? Les fables d’Atis et de Combabus ne sont que des fables, comme celle de Jupiter, qui rendit eunuque Saturne son père. La superstition invente des usages ridicules, et l’esprit romanesque invente des raisons absurdes.

Ce que je remarquerai encore des anciens Syriens, c’est que la ville qui fut depuis nommée la Ville sainte, et Hiérapolis par les Grecs, était nommée par les Syriens Magog. Ce mot Mag a un grand rapport avec les anciens mages ; il semble commun à tous ceux qui, dans ces climats, étaient consacrés au service de la Divinité. Chaque peuple eut une ville sainte. Nous savons que Thèbes, en Égypte, était la ville de Dieu ; Babylone, la ville de Dieu ; Apamée, en Phrygie, était aussi la ville de Dieu.

Les Hébreux, longtemps après, parlent des peuples de Gog et de Magog ; ils pouvaient entendre par ces noms les peuples de l’Euphrate et de l’Oronte : ils pouvaient entendre aussi les Scythes, qui vinrent ravager l’Asie avant Cyrus, et qui dévastèrent la Phénicie ; mais il importe fort peu de savoir quelle idée passait par la tête d’un Juif quand il prononçait Magog ou Gog.

Au reste, je ne balance pas à croire les Syriens beaucoup plus anciens que les Égyptiens, par la raison évidente que les pays les plus aisément cultivables sont nécessairement les premiers peuplés et les premiers florissants.

xiii. — Des Phéniciens et de Sanchoniathon.

Les Phéniciens sont probablement rassemblés en corps de peuple aussi anciennement que les autres habitants de la Syrie. Ils peuvent être moins anciens que les Chaldéens, parce que leur pays est moins fertile. Sidon, Tyr, Joppé, Berith, Ascalon, sont des terrains ingrats. Le commerce maritime a toujours été la dernière ressource des peuples. On a commencé par cultiver sa terre avant de bâtir des vaisseaux pour en aller chercher de nouvelles au delà des mers. Mais ceux qui sont forcés de s’adonner au commerce maritime ont bientôt cette industrie, fille du besoin, qui n’aiguillonne point les autres nations. Il n’est parlé d’aucune entreprise maritime, ni des Chaldéens, ni des