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frère de Monfort, pour achever de saccager le Languedoc : le jeune Raimond se défendit. (1227) On fit une guerre semblable à celle que nous avons vue dans les Cévennes. Les prêtres ne pardonnaient jamais aux Languedociens, et ceux-ci n’épargnaient point les prêtres (1228). Tout prisonnier fut mis à mort pendant deux années, toute place rendue fut réduite en cendres.

Enfin la régente Blanche, qui avait d’autres ennemis, et le jeune Raimond, las des massacres, et épuisé de pertes, firent la paix à Paris. Le cardinal de Saint-Ange fut l’arbitre de cette paix ; et voici les lois qu’il donna, et qui furent exécutées.

Le comte de Toulouse devait payer dix mille marcs ou marques aux églises de Languedoc, entre les mains d’un receveur y dudit cardinal ; deux mille aux moines de Cîteaux, immensément riches ; cinq cents aux moines de Clervaux, plus riches encore, et quinze cents à d’autres abbayes ; il devait aller faire pendant cinq ans la guerre aux Sarrasins et aux Turcs, qui assurément n’avaient pas fait la guerre à Raimond ; il abandonnait au roi, sans nulle récompense, tous ses États en deçà du Rhône, car ce qu’il possédait en delà était terre de l’empire. Il signa son dépouillement, moyennant quoi il fut reconnu par le cardinal Saint-Ange et par un légat, non-seulement pour être bon catholique, mais pour l’avoir toujours été. On le conduisit, seulement pour la forme, en chemise et nu-pieds devant l’autel de l’église de Notre-Dame de Paris : là il demanda pardon à la Vierge ; apparemment qu’au fond de son cœur il demandait pardon d’avoir signé un si infâme traité.

Rome ne s’oublia pas dans le partage des dépouilles. Raimond le Jeune, pour obtenir le pardon de ses péchés, céda au pape à perpétuité le comtat Venaissin, qui est en delà du Rhône. Cette cession était nulle par toutes les lois de l’empire ; le comtat était un fief impérial, et il n’était pas permis de donner son fief à l’Église, sans le consentement de l’empereur et des états. Mais où sont les possessions qu’on ne se soit appropriées que par les lois ? Aussi, bientôt après cette extorsion, l’empereur Frédéric II rendit au comte de Toulouse ce petit pays d’Avignon, que le pape lui avait ravi ; il fit justice comme souverain, et surtout comme souverain outragé. Mais lorsque ensuite saint Louis et son fils, Philippe le Hardi, se furent mis en possession des États des comtes de Toulouse, Philippe remit aux papes le comtat Venaissin, qu’ils ont toujours conservé par la libéralité des rois de France. La ville et le territoire d’Avignon n’y furent point compris ; elle passa dans la branche de France d’Anjou qui régnait à