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non à celui de l'Égypte. Les Égyptiens ne pouvaient avoir le signe du Taureau au mois d’avril, puisque ce n’est pas en cette saison qu’ils labourent ; ils ne pouvaient, au mois que nous nommons août, figurer un signe par une fille chargée d’épis de blé, puisque ce n’est pas en ce temps qu’ils font la moisson. Ils ne pouvaient figurer janvier par une cruche d’eau, puisqu’il pleut très-rarement en Égypte, et jamais au mois de janvier[1]. La troisième raison, c’est que les signes anciens du zodiaque chaldéen étaient un des articles de leur religion. Ils étaient sous le gouvernement de

  1. Les points équinoxiaux répondent successivement à tous les lieux du zodiaque, et leur révolution est d’environ 26 000 ans. Il est clair que ces points se trouvaient dans la balance, ou dans les gémeaux, à l’époque où l’on a donné des noms aux signes ; en effet ils sont les seuls qui présentent un emblème de l’égalité des nuits et des jours. Mais en supposant les points équinoxiaux placés dans une de ces constellations, il reste quatre combinaisons également possibles, puisqu’on peut supposer également, soit l’équinoxe du printemps, soit l’équinoxe de l’automne, dans le signe de la balance, ou dans celui des gémeaux. Supposons 1° que l’équinoxe du printemps soit dans la balance ; le solstice d’été sera dans le capricorne, celui d’hiver dans le cancer, et l’équinoxe d’automne dans le bélier. Supposons 2° que l’équinoxe d’automne soit dans la balance ; le solstice d’été sera dans le cancer, celui d’hiver dans le capricorne, et l’équinoxe du printemps dans le bélier. Supposons 3° que l’équinoxe du printemps soit dans les gémeaux ; le solstice d’été sera dans la vierge, celui d’hiver dans les poissons, et l’équinoxe d’automne dans le sagittaire. Supposons enfin que l’équinoxe d’automne soit dans les gémeaux ; le solstice d’été sera dans les poissons, le solstice d’hiver dans la vierge, et l’équinoxe du printemps dans le sagittaire. Si nous examinons ensuite ces quatre hypothèses, nous trouverons d’abord un degré de probabilité en faveur des deux premières : en effet, dans ces deux hypothèses, les solstices ont pour signes le capricorne et le cancer, un animal qui grimpe, et un qui marche à reculons, symboles naturels du mouvement apparent du soleil ; et les deux dernières hypothèses n’ont pas cet avantage. En comparant ensuite les deux premières, nous observerons que la balance paraît devoir plus naturellement être supposée le signe du printemps : 1° parce que le signe de cet équinoxe, regardé partout comme le premier de l’année, doit avoir porté de préférence l’emblème de l’égalité ; 2° parce que le capricorne, animal qui cherche les lieux élevés, paraît le signe naturel du mois où le soleil est plus élevé ; et que le cancer, quoiqu’il puisse être regardé comme un symbole de l’un ou de l’autre solstice, paraît plus propre encore à désigner le solstice d’hiver. Or, si nous préférons la première hypothèse, le capricorne répond à juillet ; les mois d’août et de septembre, temps de l’inondation du Nil, répondent au verseau et aux poissons, signes aquatiques ; le Nil se retire en octobre, dont le bélier est le signe, parce qu’alors les troupeaux commencent à sortir ; on cultive en novembre sous le signe du taureau, et l’on recueille en mars sous le signe de la moissonneuse. Il suffit donc, pour pouvoir accorder avec le climat de l’Égypte les noms des douze signes du zodiaque, que ces noms leur aient été donnés lorsque l’équinoxe du printemps se trouvait au signe de la balance ; c’est-à-dire qu’il faut reculer d’environ treize mille ans l’invention de l’astronomie. Ce système, le plus naturel de tous ceux qui ont été imaginés jusqu’ici, le seul qui s’accorde avec les monuments, et qui explique les fables de la manière la moins précaire, est dû à M. Dupuis. (K.) — Ce M. Dupuis, qui siégea à la Convention en 1793, est l’auteur de l'Origine de tous les cultes.