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Tout l’empire était divisé entre deux patriarches. L’empereur ordonna que chaque parti présenterait à Dieu un mémoire de ses raisons dans Sainte-Sophie, qu’on jetterait les deux mémoires dans un brasier bénit, et qu’ainsi la volonté de Dieu se déclarerait. Mais la volonté céleste ne se déclara qu’en laissant brûler les deux papiers, et abandonna les Grecs à leurs querelles ecclésiastiques.

L’empire d’Orient reprit cependant un peu la vie. La Grèce lui était jointe avant les croisades ; mais il avait perdu presque toute l’Asie Mineure et la Syrie. La Grèce en fut séparée après les croisades ; mais un peu de l’Asie Mineure restait, et il s’étendait encore en Europe jusqu’à Belgrade.

Tout le reste de cet empire était possédé par des nations nouvelles. L’Égypte était devenue la proie de la milice des mameluks, composée d’abord d’esclaves, et ensuite de conquérants. C’étaient des soldats ramassés des côtes septentrionales de la mer Noire ; et cette nouvelle forme de brigandage s’était établie du temps de la captivité de saint Louis.

Le califat touchait à sa fin dans ce XIIIe siècle, tandis que l’empire de Constantin penchait vers la sienne. Vingt usurpateurs nouveaux déchiraient de tous côtés la monarchie fondée par Mahomet, en se soumettant à sa religion ; et enfin ces califes de Babylone, nommés les califes Abassides, furent entièrement détruits par la famille de Gengis.

Il y eut ainsi, dans les XIIe et XIIIe siècles, une suite de dévastations non interrompue dans tout l’hémisphère. Les nations se précipitèrent les unes sur les autres par des émigrations prodigieuses, qui ont établi peu à peu de grands empires. Car tandis que les croisés fondaient sur la Syrie, les Turcs minaient les Arabes ; et les Tartares parurent enfin, qui tombèrent sur les Turcs, sur les Arabes, sur les Indiens, sur les Chinois. Ces Tartares, conduits par Gengis et par ses fils, changèrent la face de toute la Grande-Asie, tandis que l’Asie Mineure et la Syrie étaient le tombeau des Francs et des Sarrasins.

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