Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome11.djvu/452

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

non pas, dit-il, de l’approbation du concile, mais en présence du concile. Tous les pères tenaient des cierges allumés, quand le pape prononçait. Ils les éteignirent ensuite. Une partie signa l’arrêt, une autre partie sortit en gémissant.

N’oublions pas que, dans ce concile, le pape demanda un subside à tous les ecclésiastiques. Tous gardèrent le silence, aucun ne parla ni pour approuver ni pour rejeter le subside, excepté un Anglais nommé Mespham, doyen de Lincoln ; il osa dire que le pape rançonnait trop l’Église. Le pape le déposa, de sa seule autorité ; et les ecclésiastiques se turent. Innocent IV parlait donc et agissait en souverain de l’Église, et on le souffrait.

Frédéric II ne souffrit pas du moins que l’évêque de Rome agît en souverain des rois. Cet empereur était à Turin, qui n’appartenait point encore à la maison de Savoie ; c’était un fief de l’empire, gouverné par le marquis de Suze. Il demanda une cassette ; on la lui apporta. Il en tira la couronne impériale. « Ce pape et ce concile, dit-il, ne me l’ont pas ravie ; et avant qu’on m’en dépouille, il y aura bien du sang répandu. » Il ne manqua pas d’écrire d’abord à tous les princes d’Allemagne et de l’Europe par la plume de son fameux chancelier Pierre des Vignes, tant accusé d’avoir composé le livre des Trois Imposteurs : « Je ne suis pas le premier, disait-il dans ses lettres, que le clergé ait ainsi indignement traité, et je ne serai pas le dernier. Vous en êtes cause en obéissant à ces hypocrites dont vous connaissez l’ambition sans bornes. Combien, si vous vouliez, découvririez-vous dans la cour de Rome d’infamies qui font frémir la pudeur ? Livrés au siècle, enivrés de délices, l’excès de leurs richesses étouffe en eux tout sentiment de religion. C’est une œuvre de charité de leur ôter ces richesses pernicieuses qui les accablent ; et c’est à quoi vous devez travailler tous avec moi. »

Cependant le pape, ayant déclaré l’empire vacant, écrivit à sept princes ou évêques : c’étaient les ducs de Bavière, de Saxe, d’Autriche, et de Brabant, les archevêques de Saltzbourg, de Cologne, et de Mayence. Voilà ce qui a fait croire que sept électeurs étaient alors solennellement établis. Mais les autres princes de l’empire et les autres évêques prétendaient aussi avoir le même droit.

Les empereurs et les papes tâchaient ainsi de se faire déposer mutuellement. Leur grande politique consistait à exciter des guerres civiles.

On avait déjà élu roi des Romains, en Allemagne, Conrad, fils de Frédéric II ; mais il fallait, pour plaire au pape, choisir