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quelque prix que ce fût, affaiblir la puissance impériale en Italie, et réparer la faute qu’avait faite Jean XII d’appeler à Rome les Allemands.

Innocent IV, après bien des négociations inutiles, assemble dans Lyon ce fameux concile qui a cette inscription encore aujourd’hui dans la bibliothèque du Vatican : « Treizième concile général, premier de Lyon. Frédéric II y est déclaré ennemi de l’Église, et privé du siége impérial[1]. »

Il semble bien hardi de déposer un empereur dans une ville impériale ; mais Lyon était sous la protection de la France, et ses archevêques s’étaient emparés des droits régaliens. Frédéric II ne négligea pas d’envoyer à ce concile, où il devait être accusé, des ambassadeurs pour le défendre.

Le pape, qui se constituait juge à la tête du concile, fit aussi la fonction de son propre avocat ; et après avoir beaucoup insisté sur les droits temporels de Naples et de Sicile, sur le patrimoine de la comtesse Mathilde, il accusa Frédéric d’avoir fait la paix avec les mahométans, d’avoir eu des concubines mahométanes ; de ne pas croire en Jésus-Christ, et d’être hérétique. Comment peut-on être à la fois hérétique et incrédule ? et comment dans ces siècles pouvait-on former si souvent de telles accusations ? Les papes Jean XII, Etienne VIII, et les empereurs Frédéric Ier, Frédéric II, le chancelier des Vignes, Mainfroi, régent de Naples, beaucoup d’autres, essuyèrent cette imputation. Les ambassadeurs de l’empereur parlèrent en sa faveur avec fermeté, et accusèrent le pape, à leur tour, de rapine et d’usure. Il y avait à ce concile des ambassadeurs de France et d’Angleterre. Ceux-ci se plaignirent bien autant des papes que le pape se plaignit de l’empereur. « Vous tirez par vos Italiens, dirent-ils, plus de soixante mille marcs par an du royaume d’Angleterre ; vous nous avez en dernier lieu envoyé un légat qui a donné tous les bénéfices à des Italiens. Il extorque de tous les religieux des taxes excessives, et il excommunie quiconque se plaint de ses vexations. Remédiez-y promptement, car nous ne souffrirons pas plus longtemps ces avanies. »

Le pape rougit, ne répondit rien, et prononça la déposition de l’empereur. Il est très à remarquer qu’il fulmina cette sentence,

  1. Il faut espérer que Joseph II ne laissera pas longtemps subsister dans le Vatican ce monument des attentats de Rome moderne contre les droits du genre humain ; à moins qu’il ne valût mieux le conserver comme une preuve que le même esprit règne encore dans l’Église, et comme une leçon qui montre aux rois ce qu’ils auraient à craindre s’ils avaient le malheur de réussir dans les mesures que le clergé leur inspire pour faire retomber les peuples dans l’ignorance. (K.)