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autrefois le sénat romain d’être juge des rois. (1216) Il mourut avant de rendre son arrêt définitif.

Jean sans Terre, errant de ville en ville dans son pays, mourut dans le même temps, abandonné de tout le monde, dans un bourg de la province de Norfolk. Un pair de France avait autrefois conquis l’Angleterre, et l’avait gardée ; un roi de France ne la garda pas.

Louis VIII, après la mort de Jean d’Angleterre, du vivant même de Philippe-Auguste, fut obligé de sortir de ce même pays qui l’avait demandé pour roi ; et, au lieu de défendre sa conquête, il alla se croiser contre les Albigeois, qu’on égorgeait alors en exécution des sentences de Rome.

Il ne régna qu’une seule année en Angleterre : les Anglais le forcèrent de rendre à leur roi Henri III, dont ils n’étaient pas encore mécontents, le trône qu’ils avaient ôté à Jean, père de ce Henri III. Ainsi Louis ne fut que l’instrument dont ils s’étaient servis pour se venger de leur monarque. Le légat de Rome, qui était à Londres, régla en maître les conditions auxquelles Louis sortit d’Angleterre. Ce légat, l’ayant excommunié pour avoir osé régner à Londres malgré le pape, lui imposa pour pénitence de payer à Rome le dixième de deux années de ses revenus. Ses officiers furent taxés au vingtième, et les chapelains qui l’avaient accompagné furent obligés d’aller demander à Rome leur absolution. Ils firent le voyage ; on leur ordonna d’aller se présenter dans Paris à la porte de la cathédrale, aux quatre grandes fêtes, nu-pieds et en chemise, tenant en main des verges dont les chanoines devaient les fouetter. Une partie de ces pénitences fut, dit-on, accomplie.

Cette scène incroyable se passait pourtant sous un roi habile et courageux, sous Philippe-Auguste, qui souffrait cette humiliation de son fils et de sa nation. Le vainqueur de Bouvines ne finit pas glorieusement sa carrière illustre. (1225) Il avait augmenté son royaume de la Normandie, du Maine, du Poitou : le reste des biens appartenants à l’Angleterre était encore défendu par beaucoup de seigneurs.

Du temps de Louis VIII, une partie de la Guienne était française, l’autre était anglaise. Il n’y eut alors rien de grand ni de décisif.

Le testament de Louis VIII mérite seulement quelque attention. (1225) Il lègue cent sous à chacune des deux mille léproseries de son royaume. Les chrétiens, pour fruit de leurs croisades, ne remportèrent enfin que la lèpre. Il faut que le peu d’usage du