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avait guère que la moitié (1215). On commençait alors à se servir d’arbalètes : cet arme était en usage à la fin du xiie siècle. Mais ce qui décidait d’une journée, c’était cette pesante cavalerie toute couverte de fer. L’armure complète du chevalier était une prérogative d’honneur à laquelle les écuyers ne pouvaient prétendre ; il ne leur était pas permis d’être invulnérables. Tout ce qu’un chevalier avait à craindre était d’être blessé au visage, quand il levait la visière de son casque ; ou dans le flanc, au défaut de la cuirasse, quand il était abattu, et qu’on avait levé sa chemise de mailles ; enfin, sous les aisselles, quand il levait le bras.

Il y avait encore des troupes de cavalerie, tirées du corps des communes, moins bien armées que les chevaliers. Pour l’infanterie, elle portait des armes défensives à son gré, et les offensives étaient l’épée, la flèche, la massue, la fronde.

Ce fut un évêque qui rangea en bataille l’armée de Philippe-Auguste : il s’appelait Guérin, et venait d’être nommé à l’évêché de Senlis. Cet évêque de Beauvais, si longtemps prisonnier du roi Richard d’Angleterre, se trouva aussi à cette bataille. Il s’y servit toujours d’une massue, disant qu’il serait irrégulier s’il versait le sang humain. On ne sait point comment l’empereur et le roi disposèrent leurs troupes. Philippe, avant le combat, fit chanter le psaume Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus, comme si Othon avait combattu contre Dieu. Auparavant les Français chantaient des vers en l’honneur de Charlemagne et de Roland. L’étendard impérial d’Othon était sur quatre roues. C’était une longue perche qui portait un dragon de bois peint, et sur le dragon s’élevait un aigle de bois doré. L’étendard royal de France était un bâton doré avec un drapeau de soie blanche, semé de fleurs de lis : ce qui n’avait été longtemps qu’une imagination de peintre commençait à servir d’armoiries aux rois de France. D’anciennes couronnes des rois lombards, dont on voit des estampes fidèles dans Muratori, sont surmontées de cet ornement, qui n’est autre chose que le fer d’une lance lié avec deux autres fers recourbés, une vraie hallebarde.

Outre l’étendard royal, Philippe-Auguste fit porter l’oriflamme de saint Denis. Lorsque le roi était en danger, on haussait et baissait l’un ou l’autre de ces étendards. Chaque chevalier avait aussi le sien, et les grands chevaliers faisaient porter un autre drapeau, qu’on nommait bannière. Ce terme de bannière, si honorable, était pourtant commun aux drapeaux de l’infanterie, presque toute composée de serfs. Le cri de guerre des Français