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du pontife, qui voulut bien l’absoudre, en le faisant jurer qu’il attendrait le jugement juridique du pape à Augsbourg, et qu’il lui serait en tout parfaitement soumis. Quelques évêques et quelques seigneurs allemands du parti de Henri firent la même soumission. Grégoire VII, se croyant alors, non sans vraisemblance, le maître des couronnes de la terre, écrivit, dans plusieurs lettres, que son devoir était d’abaisser les rois.

La Lombardie, qui tenait encore pour l’empereur, fut si indignée de l’avilissement où il s’était réduit, qu’elle fut prête de l’abandonner. On y haïssait Grégoire VII beaucoup plus qu’en Allemagne. Heureusement pour l’empereur, cette haine des violences du pape l’emporta sur l’indignation qu’inspirait la bassesse du prince. Il en profita, et, par un changement de fortune nouveau pour des empereurs teutoniques, il se trouva enfin très-fort en Italie, quand l’Allemagne l’abandonnait. Toute la Lombardie fut en armes contre le pape, tandis que Grégoire VII soulevait l’Allemagne contre l’empereur.

D’un côté, ce pape agissait secrètement pour faire élire un autre César en Allemagne ; et Henri n’omettait rien pour faire élire un autre pape par les Italiens (1078). Les Allemands élurent donc pour empereur Rodolphe, duc de Souabe ; et d’abord Grégoire VII écrivit qu’il jugerait entre Henri et Rodolphe, et qu’il donnerait la couronne à celui qui lui serait le plus soumis. Henri s’étant plus fié à ses troupes qu’au saint-père, mais ayant eu quelques mauvais succès, le pape, plus fier, excommunia encore Henri (1080). « Je lui ôte la couronne, dit-il, et je donne le royaume teutonique à Rodolphe. » Et pour faire croire qu’il donnait en effet les empires, il fit présent à ce Rodolphe d’une couronne d’or, où ce vers était gravé :

Petra dedit Petro, Petrus diadema Rodolpho.
La pierre a donné à Pierre la couronne, et Pierre la donne à Rodolphe.

Ce vers rassemble à la fois un jeu de mots puéril, et une fierté, qui étaient également la suite de l’esprit du temps.

Cependant, en Allemagne, le parti de Henri se fortifiait. Ce même prince qui, couvert d’un cilice et pieds nus, avait attendu trois jours la miséricorde de celui qu’il croyait son sujet, prit deux résolutions plus hardies, de déposer le pape, et de combattre son compétiteur (1080). Il rassemble à Brixen, dans le Tyrol, une vingtaine d’évêques qui, chargés de la procuration des prélats de Lombardie, excommunient et déposent Grégoire VII,