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esprit. Alfred jeta les fondements de l’Académie d’Oxford. Il fit venir des livres de Rome : l’Angleterre, toute barbare, n’en avait presque point. Il se plaignait qu’il n’y eût pas alors un prêtre anglais qui sût le latin. Pour lui, il le savait : il était même assez bon géomètre pour ce temps-là. Il possédait l’histoire : on dit même qu’il faisait des vers en anglo-saxon. Les moments qu’il ne donnait pas aux soins de l’État, il les donnait à l’étude. Une sage économie le mit en état d’être libéral. On voit qu’il rebâtit plusieurs églises, mais aucun monastère. Il pensait sans doute que, dans un État désolé qu’il fallait repeupler, il eût mal servi sa patrie en favorisant trop ces familles immenses sans père et sans enfants, qui se perpétuent aux dépens de la nation : aussi ne fut-il pas mis au nombre des saints ; mais l’histoire, qui d’ailleurs ne lui reproche ni défaut ni faiblesse, le met au premier rang des héros utiles au genre humain, qui, sans ces hommes extraordinaires, eût toujours été semblable aux bêtes farouches.

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CHAPITRE XXVII.


De l’Espagne et des musulmans maures au viiie et ixe siècles.


Vous avez vu des États bien malheureux et bien mal gouvernés ; mais l’Espagne, dont il faut tracer le tableau, fut plongée longtemps dans un état plus déplorable. Les barbares dont l’Europe fut inondée au commencement du siècle ravagèrent l’Espagne comme les autres pays. Pourquoi l’Espagne, qui s’était si bien défendue contre les Romains, céda-t-elle tout d’un coup aux barbares ? C’est qu’elle était composée de patriotes lorsque les Romains l’attaquèrent ; mais sous le joug des Romains, elle ne fut plus composée que d’esclaves maltraités par des maîtres amollis ; elle fut donc tout d’un coup la proie des Suèves, des Alains, des Vandales. Aux Vandales succédèrent les Visigoths, qui commencèrent à s’établir dans l’Aquitaine et dans la Catalogne, tandis que les Ostrogoths détruisaient le siège de l’empire romain en Italie. Ces Ostrogoths et ces Visigoths étaient, comme on sait, chrétiens ; non pas de la communion romaine, non pas de la communion des empereurs d’Orient qui régnaient alors, mais de