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Sous lui, l’empire romain était donc composé de la France et de l’Italie. On dit qu’il mourut empoisonné par son médecin, un Juif, nommé Sédécias ; mais personne n’a jamais dit par quelle raison ce médecin commit ce crime. Que pouvait-il gagner en empoisonnant son maître ? Auprès de qui eût-il trouvé une plus belle fortune ? Aucun auteur ne parle du supplice de ce médecin : il faut donc douter de l’empoisonnement, et faire réflexion seulement que l’Europe chrétienne était si ignorante que les rois étaient obligés de choisir pour leurs médecins des Juifs et des Arabes.

On voulait toujours saisir cette ombre d’empire romain ; et Louis le Bègue, roi de France, fils de Charles le Chauve, le disputait aux autres descendants de Charlemagne ; c’était toujours au pape qu’on le demandait. Un duc de Spolette, un marquis de Toscane, investis de ces États par Charles le Chauve, se saisirent du pape Jean VIII, et pillèrent une partie de Rome, pour le forcer, disaient-ils, à donner l’empire au roi de Bavière, Carloman, l’aîné de la race de Charlemagne. Non-seulement le pape Jean VIII était ainsi persécuté dans Rome par des Italiens, mais il venait, en 877, de payer vingt-cinq mille livres pesant d’argent aux mahométans possesseurs de la Sicile et du Garillan : c’était l’argent dont Charles le Chauve avait acheté l’empire. Il passa bientôt des mains du pape en celles des Sarrasins ; et le pape même s’obligea, par un traité authentique, à leur en payer autant tous les ans.

Cependant ce pontife, tributaire des musulmans, et prisonnier dans Rome, s’échappe, s’embarque, et passe en France. Il vient sacrer empereur Louis le Bègue, dans la ville de Troyes, à l’exemple de Léon III, d’Adrien, et d’Étienne III, persécutés chez eux, et donnant ailleurs des couronnes.

Sous Charles le Gros, empereur et roi de France, la désolation de l’Europe redoubla. Plus le sang de Charlemagne s’éloignait de sa source, et plus il dégénérait. (887) Charles le Gros fut déclaré incapable de régner par une assemblée de seigneurs français et allemands, qui le déposèrent auprès de Mayence, dans une diète convoquée par lui-même. Ce ne sont point ici des évêques qui, en servant la passion d’un prince, semblent disposer d’une couronne ; ce furent les principaux seigneurs qui crurent avoir le droit de nommer celui qui devait les gouverner et combattre à leur tête. On dit que le cerveau de Charles le Gros était affaibli ; il le fut toujours sans doute, puisqu’il se mit au point d’être détrôné sans résistance, de perdre à la fois l’Allemagne, la France et l’Italie, et de n’avoir enfin pour subsistance que la charité de l’archevêque de Mayence, qui daigna le nourrir. Il paraît bien qu’alors