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dans l’abbaye de Prum. Il ne vécut dans le froc que six jours, et mourut imbécile après avoir régné en tyran.

A la mort de ce troisième empereur d’Occident, il s’éleva de nouveaux royaumes en Europe, comme des monceaux de terre après les secousses d’un grand tremblement.

Un autre Lothaire, fils de cet empereur, donna le nom de Lotharinge à une assez grande étendue de pays, nommée depuis, par contraction, Lorraine, entre le Rhin, l’Escaut, la Meuse, et la mer. Le Brabant fut appelé la Basse-Lorraine ; le reste fut connu sous le nom de la Haute. Aujourd’hui, de cette Haute-Lorraine il ne reste qu’une petite province de ce nom, engloutie depuis peu dans le royaume de France.

Un second fils de l’empereur Lothaire, nommé Charles, eut la Savoie, le Dauphiné, une partie du Lyonnais, de la Provence, et du Languedoc. Cet État composa le royaume d’Arles, du nom de la capitale, ville autrefois opulente et embellie par les Romains, mais alors petite, pauvre, ainsi que toutes les villes en-deçà des Alpes.

Un barbare, qu’on nomme Salomon, se fit bientôt après roi de la Bretagne, dont une partie était encore païenne ; mais tous ces royaumes tombèrent presque aussi promptement qu’ils furent élevés.

Le fantôme d’empire romain subsistait. Louis, second fils de Lothaire, qui avait eu en partage une partie de l’Italie, fut proclamé empereur par l’évêque de Rome, Sergius II, en 855. Il ne résidait point à Rome ; il ne possédait pas la neuvième partie de l’empire de Charlemagne, et n’avait en Italie qu’une autorité contestée par les papes et par les ducs de Bénévent, qui possédaient alors un État considérable.

Après sa mort, arrivée en 875, si la loi salique avait été en vigueur dans la maison de Charlemagne, c’était à l’aîné de la maison qu’appartenait l’empire. Louis de Germanie, aîné de la maison de Charlemagne, devait succéder à son neveu, mort sans enfants ; mais des troupes et de l’argent firent les droits de Charles le Chauve. Il ferma les passages des Alpes à son frère, et se hâta d’aller à Rome avec quelques troupes. Réginus, les Annales de Metz et de Fulde, assurent qu’il acheta l’empire du pape Jean VIII. Le pape non-seulement se fit payer, mais profitant de la conjoncture, il donna l’empire en souverain ; et Charles le reçut en vassal, protestant qu’il le tenait du pape, ainsi qu’il avait protesté auparavant en France, en 859, qu’il devait subir le jugement des évêques, laissant toujours avilir sa dignité pour en jouir.