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temps Louis eût-il donné la Sicile, qui appartenait aux empereurs grecs, et qui était infestée par les descentes continuelles des Arabes ?

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CHAPITRE XXIV.


État de l’Europe après la mort de Louis le débonnaire ou le faible.
L’Allemagne pour toujours séparée de l’empire franc ou français
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Après la mort du fils de Charlemagne, son empire éprouva ce qui était arrivé à celui d’Alexandre, et que nous verrons bientôt être la destinée de celui des califes. Fondé avec précipitation, il s’écroula de même : les guerres intestines le divisèrent.

Il n’est pas surprenant que des princes qui avaient détrôné leur père se soient voulu exterminer l’un l’autre. C’était à qui dépouillerait son frère. Lothaire, empereur, voulait tout. Charles le Chauve, roi de France, et Louis, roi de Bavière, s’unissent contre lui. Un fils de Pepin, ce roi d’Aquitaine, fils du Débonnaire, et devenu roi après la mort de son père, se joint à Lothaire. Ils désolent l’empire ; ils l’épuisent de soldats (841), Enfin deux rois contre deux rois, dont trois sont frères, et dont l’autre est leur neveu, se livrent une bataille à Fontenai, dans l’Auxerrois, dont l’horreur est digne des guerres civiles. Plusieurs auteurs assurent qu’il y périt cent mille hommes (842), Il est vrai que ces auteurs ne sont pas contemporains, et que du moins il est permis de douter que tant de sang ait été répandu. L’empereur Lothaire fut vaincu. Cette bataille, comme tant d’autres, ne décida de rien. Il faut observer seulement que les évêques qui avaient combattu dans l’armée de Charles et de Louis firent jeûner leurs troupes et prier Dieu pour les morts, et qu’il eût été plus chrétien de ne les point tuer que de prier pour eux. Lothaire donna alors au monde l’exemple d’une politique toute contraire à celle de Charlemagne.

Le vainqueur des Saxons les avait assujettis au christianisme, comme à un frein nécessaire. Quelques révoltes, et de fréquents retours à leur culte, avaient marqué leur horreur pour une religion qu’ils regardaient comme leur châtiment. Lothaire, pour se les attacher, leur donne une liberté entière de conscience. La moitié du pays redevint idolâtre, mais fidèle à son roi. Cette conduite,