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qu’en lisant le désastre de ce père trop bon, on ressent au moins une satisfaction secrète, quand on voit que ses fils ne furent guère moins ingrats envers cet abbé Vala, le premier auteur de ces troubles, et envers le pape qui les avait si bien soutenus. Le pontife retourna à Rome, méprisé des vainqueurs, et Vala se renferma dans un monastère en Italie.

Lothaire, d’autant plus coupable qu’il était associé à l’empire, traîne son père prisonnier à Compiègne. Il y avait alors un abus funeste introduit dans l’Église, qui défendait de porter les armes et d’exercer les fonctions civiles pendant le temps de la pénitence publique. Ces pénitences étaient rares, et ne tombaient guère que sur quelques malheureux de la lie du peuple. On résolut de faire subir à l’empereur ce supplice infamant, sous le voile d’une humiliation chrétienne et volontaire, et de lui imposer une pénitence perpétuelle, qui le dégraderait pour toujours.

(833) Louis est intimidé : il a la lâcheté de condescendre à cette proposition qu’on a la hardiesse de lui faire. Un archevêque de Reims, nommé Ebbon, tiré de la condition servile, élevé à cette dignité par Louis même, malgré les lois, dépose ainsi son souverain et son bienfaiteur. On fait comparaître le souverain, entouré de trente évêques, de chanoines, de moines, dans l’église de Notre-Dame de Soissons. Son fils Lothaire, présent, y jouit de l’humiliation de son père. On fait étendre un cilice devant l’autel. L’archevêque ordonne à l’empereur d’ôter son baudrier, son épée, son habit, et de se prosterner sur ce cilice. Louis, le visage contre terre, demande lui-même la pénitence publique, qu’il ne méritait que trop en s’y soumettant. L’archevêque le force de lire à haute voix un écrit dans lequel il s’accuse de sacrilège et d’homicide. Le malheureux lit posément la liste de ses crimes, parmi lesquels il est spécifié qu’il avait fait marcher ses troupes en carême, et indiqué un parlement un jeudi saint. On dresse un procès-verbal de toute cette action : monument encore subsistant d’insolence et de bassesse. Dans ce procès-verbal on ne daigne pas seulement nommer Louis du nom d’empereur : il y est appelé Dominus Ludovicus, « noble homme, vénérable homme » : c’est le titre qu’on donne aujourd’hui aux marguilliers de paroisse.

On tâche toujours d’appuyer par des exemples les entreprises extraordinaires. Cette pénitence de Louis fut autorisée par le souvenir d’un certain roi visigoth, nommé Vamba, qui régnait en Espagne, en 681. C’est le même qui avait été oint à son couronnement. Il devint imbécile, et fut soumis à la pénitence publique