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La monnaie avait à peu près la même valeur que celle de l’empire romain depuis Constantin. Le sou d’or était le solidum romain. Ce sou d’or équivalait à quarante deniers d’argent fin. Ces deniers, tantôt plus forts, tantôt plus faibles, pesaient, l’un portant l’autre, trente grains.

Le sou d’or vaudrait aujourd’hui, en 1778, environ 14 livres 6 sous 3 deniers ; le denier d’argent, à peu près 7 sous 1 denier 7/8, monnaie de compte.

Il faut toujours, en lisant les histoires, se ressouvenir qu’outre ces monnaies réelles d’or et d’argent, on se servait dans le calcul d’une autre dénomination. On s’exprimait souvent en monnaie de compte, monnaie fictive, qui n’était, comme aujourd’hui, qu’une manière de compter.

Les Asiatiques et les Grecs comptaient par mines et par talents, les Romains par grands sesterces, sans qu’il y eût aucune monnaie qui valût un grand sesterce ou un talent.

La livre numéraire, du temps de Charlemagne, était réputée le poids d’une livre d’argent de douze onces. Cette livre se divisait numériquement en vingt parties. Il y avait, à la vérité, des sous d’argent semblables à nos écus, dont chacun pesait la 20e, 22e ou 24e partie d’une livre de douze onces ; et ce sou se divisait comme le nôtre en douze deniers. Mais Charlemagne ayant ordonné que le sou d’argent serait précisément la 20e partie de douze onces, on s’accoutuma à regarder dans les comptes numéraires vingt sous comme une livre.

Pendant deux siècles les monnaies restèrent sur le pied où Charlemagne les avait mises ; mais, petit à petit, les rois, dans leurs besoins, tantôt chargèrent les sous d’alliage, tantôt en diminuèrent le poids, de sorte que, par un changement qui est peut-être la honte des gouvernements de l’Europe, ce sou, qui était autrefois une pièce d’argent du poids d’environ cinq gros, n’est plus qu’une légère pièce de cuivre avec un 11e d’argent tout au plus ; et la livre, qui était le signe représentatif de douze onces d’argent, n’est plus en France que le signe représentatif de vingt de nos sous de cuivre. Le denier, qui était la deux cent quarantième partie d’une livre d’argent de douze onces, n’est plus que le tiers de cette vile monnaie qu’on appelle un liard. Supposé donc qu’une ville de France dût à une autre, au temps de Charlemagne, cent vingt sous ou solides de rente, soixante-douze onces d’argent, elle s’acquitterait aujourd’hui de sa dette en payant ce que nous appelons un écu de six francs.

La livre de compte des Anglais, celle des Hollandais, ont moins